En Suisse, multiples pistes et confusion

En Suisse, et plus encore du côté alémanique, le débat autour de la SSR a creusé les fronts durant la campagne à propos de la loi sur la radio-TV. Les querelles s’accroissaient depuis quelques années, mais jusqu’ici plutôt en coulisses. Au début des années 2010, la volonté de la SSR de mettre de la publicité sur ses sites internet a suscité une première polémique, vive, qui n’a pas touché le grand public.

Il en va autrement maintenant. La discussion sur la redevance a ouvert la boîte de Pandore du service public. Comme il y a autant d’arbitres de foot que de téléspectateurs, il existe autant de directeurs des programmes que de fidèles sis en leur canapé. Précisément, les sports amènent leur lot de questions: est-il légitime que les chaînes publiques en montrent autant? Doute identique à propos des séries américaines. S’agissant des radios, les interrogations portent sur leur nombre et la pertinence des antennes jugées élitistes.

Le débat helvétique est parti dans tous les sens, mélangeant critique des contenus, remise en cause de certains canaux, considérations économiques et lobbying sectoriel de la part des éditeurs. Longtemps confus, voire contradictoires, ces derniers ont précisé cette semaine leur demande: que la SSR soit privée de publicité. Ce qui signifie une coupe d’environ 25% dans les recettes. Le supposé «mammouth» devrait renoncer à des chaînes et, selon certains connaisseurs, la SSR recalculerait la péréquation interne, favorable aux canaux romands et tessinois.

Buts opposés

L’offensive «No Billag» semble proche, mais elle se révèle exactement inverse. Supprimer la redevance revient à instaurer un groupe privé. Aux Chambres, certains évoquent l’idée de diviser la redevance par deux – sans l’abolir.

A l’automne dernier, la boîte à idées de l’économie Avenir Suisse a lancé son propre scénario, qui a le mérite de l’originalité. Les experts libéraux ne contestent pas le financement public, mais les débouchés. Considérant qu’Internet va absorber tous les canaux, ils suggèrent de faire de la SSR une agence produisant des contenus audio­visuels à disposition des médias privés. Les chaînes SSR disparaîtraient pour des produits en accès libre.

Pietro Supino, le patron de Tamedia, a repris en partie ce modèle dans une tribune au Temps . Mais cette semaine, les éditeurs ont aussi proposé de rogner les activités web du service public. Ils reprochent à la SSR et à ses entreprises d’outrepasser leurs périmètres en ajoutant des offres particulières à Internet, sites spécialisés, contenu propres à la Toile… Encore un objet de discorde.

Modifier le financement de la SSR en agissant sur la publicité ou la redevance, limiter les canaux; réduire les programmes, brider la présence sur Internet, voire dissoudre les chaînes en tant que telles: les hypothèses abondent. Alors que le Conseil fédéral finira par abattre ses cartes avec son rapport, les sceptiques, voire les contempteurs, du service public multiplient les pistes. Sans doute devront-ils affiner leurs positions au fil de l’année.