Surprise pour un groupe d'étudiants vaudois samedi après-midi sur les quais d'Ouchy. Comme de nombreux autres promeneurs, ils sont abordés par trois personnes récoltant des signatures en faveur du «Manifeste 2000 pour la culture de la paix et de la non-violence», diffusé dans le monde entier sous l'égide de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture. Mais à côté du sigle de l'Unesco figure sur le papier à signer celui de l'autoproclamée «Religion raélienne».

Le texte du manifeste onusien lui-même est authentique, et suffisamment vague pour être signé par tout le monde. On s'y engage à «respecter toutes les vies», à «rejeter la violence», à «libérer sa générosité», à «écouter pour comprendre», à «préserver la planète» et à «réinventer la solidarité». S'ajoutent à ce document bien intentionné quelques paragraphes typiques de la prose de la secte. «S'appuyant sur le message révélé par les Elohims, ceux qui ont créé la vie sur terre, les raéliens militent en faveur de la paix, de l'amour, du respect de la vie…» Au passage, ces lignes n'oublient pas de vanter «Le vrai visage de Dieu», livre que les extraterrestres Elohims auraient dicté au gourou Claude Vorilhon, alias Raél, après l'avoir enlevé sur leur planète en 1973. En dépit de l'évidence, il faudra de la pugnacité aux étudiants pour faire admettre son appartenance raélienne à l'une des récolteuses de signatures. Elle est là comme «messagère du texte de l'Unesco» et c'est tout.

Partenariat catégoriquement démenti par l'Unesco: «Contrairement à ce que les raéliens ont affirmé le 26 juillet, cette organisation n'est pas «Messager» du Manifeste 2000 et ne figure dans aucune des listes publiées sur notre site Web», fait savoir en quatre lignes son service de presse. «D'après nous, les raéliens ne correspondent pas aux critères que nous avons fixés, dont l'absence de fanatisme et la transparence», ajoute David Adams, directeur du programme de l'année de la culture de la paix. Tant si l'objectif de 100 millions de signatures affiché par le manifeste est loin d'être atteint – il en manque encore les trois quarts – le siège central de l'Unesco reste de marbre.

Il en faudrait plus pour décourager les raéliens. «En Corée et au Japon nous avons obtenu le titre de partenaire, et nous avons figuré durant un mois sur le site Web central du manifeste. Nous n'en avons été enlevés qu'à la suite de pressions du gouvernement français», contre Alexandra Nanchen, leur porte-parole en Suisse romande. A l'appui de ses dires, elle produit une lettre de confirmation, obtenue le 9 août dernier de Kwon Tai Joon, secrétaire général de la commission coréenne pour l'Unesco.

Des valeurs communes?

«Nous dépendons de commissions nationales qui sont nos antennes dans différents pays, mais qui sont des bureaux gouvernementaux. Si ces commissions acceptent des partenaires sur leur territoire, c'est sous leur seule responsabilité», rétorque David Adams. Entre centrale et succursale de l'Unesco, les exigences ne sont visiblement pas les mêmes.

Criant à la persécution, Raél a annoncé dès le 31 juillet qu'il se considérait toujours comme un messager, qu'il continuerait à récolter des signatures, et qu'il les remettrait à l'Unesco. Obéissant, les adeptes romands se sont donc mis en chasse, et d'autres paraphes semblent avoir été glanés au Canada. Pour David Adams, il n'est même pas question de mettre les adorateurs des extraterrestres en demeure de cesser: «Nous n'entrerons pas dans ce débat, il est évident que ces gens veulent exploiter la situation à leur avantage.» Soupçon vertueusement écarté par Alexandra Nanchen: «La religion raélienne a simplement des valeurs communes avec celles du manifeste, donc nous les défendons.»

Bien plus que des adresses, c'est en fait de la respectabilité que chasse la secte, présente selon ses dires dans plus de 80 pays, et qui annonce 50 000 membres. Cataloguée comme «dangereuse» en France, elle traîne dans sa doctrine des textes sur les rapports sexuels entre enfants et adultes «pour le moins ambigus» comme a eu l'occasion de le constater le Tribunal fédéral lui-même en 1998.

A la recherche de millions

Raél cherche aussi les millions de dollars nécessaires à la construction «près de Jérusalem, et sinon dans un climat tempéré» de la fameuse ambassade terrienne destinée à l'accueil confortable des Elohims, qui réclame la bagatelle de 347 hectares (la taille de la commune vaudoise de Mies) pour respecter leurs plans. Sans compter le nouveau projet de cette «religion» scientiste et athée. Mardi, Raél annonçait que sa compagnie «Clonaid», fondée avait «presque signé» un accord avec un investisseur prêt à financer le premier clonage humain.