Immobilier

Protéger efficacement sa maison des cambrioleurs: le mode d’emploi

La question sécuritaire devient inévitable, pour les habitants comme pour les régies et les promoteurs immobiliers. Les cambriolages ont baissé de presque 7% l’an dernier

Cambriolages: un besoin accru de sécurité

En moins de quatre ans, Roger et Danièle ont été visités deux fois. Ils habitent au nord de Lausanne et, s’ils préfèrent que l’on ne dévoile pas leur réelle identité, c’est parce qu’ils ont un peu honte. «Nous aurions dû agir après le premier cambriolage. Mais on pensait que cela ne nous arriverait plus», justifie Roger. Au fil des mois, le traumatisme s’est estompé. Mais, après la 2e effraction, ce couple de retraités n’a plus hésité. Au salon Habitat et jardin, qui s’est tenu à Lausanne jusqu’à dimanche dernier, ils sont venus se renseigner sur les diverses solutions de sécurité.

A Beaulieu, 11 exposants proposaient des systèmes d’alarme et de surveillance. Pas plus que les années précédentes. Mais en réaction à la recrudescence des cambriolages et, pense-t-on dans les travées du salon, à une hausse de leur médiatisation, ces prestataires sont de plus en plus sollicités. «La demande augmente de 20% par an dans les régions proches des frontières», estime l’un des exposants.

«Une vraie phobie»

Le phénomène ne date pas d’hier. Hauts revenus, négligence, système judiciaire mal adapté; les ingrédients sont réunis pour faire de la Suisse la victime idéale. En 2013, les polices helvétiques ont enregistré 68 730 cambriolages (par effraction ou par un accès laissé ouvert). Soit 188 par jour, selon les chiffres publiés lundi par l’OFS. Cela correspond à une hausse de 11% depuis 2010. Ce, même s’ils ont baissé de presque 7% en un an.

Assiste-t-on à un début d’inversion de tendance? Ou l’année 2013 fait-elle exception? Quoi qu’il en soit, la prise de conscience est réelle. Doucement mais sûrement, le préventif gagne du terrain. Un nombre croissant de clients n’attend plus qu’il soit trop tard, témoigne par exemple Raoul Richiger, chef de projet chez Suisse Alarme, une marque de la PME VisioTech, à Saubraz (VD), qui installe des systèmes de sécurité. «Dans la majorité des cas, les clients n’ont pas été cambriolés, affirme même Jacques Zurbuchen, l’un des responsables de l’entreprise du même nom, basée à Eclépens (VD) et spécialisée dans les portes, fenêtres et vérandas. Tous s’interrogent sur le degré de sécurité de nos produits. Cela devient une vraie phobie.»

«Il faut que ce soit beau! Et pratique. Mais c’est vrai que le risque de vol est un sujet qui nous préoccupe», explique un jeune couple, en sortant du stand de Zurbuchen, à Habitat et jardin. «Depuis que nos proches savent que nous voulons installer une porte-fenêtre, ils nous parlent tous de cambriolage», s’agace Madame.

Du côté des logeurs aussi, le sujet devient inévitable. On est encore loin d’un label Minergie version sécuritaire, mais le secrétaire général de la Fédération romande immobilière, Olivier Feller, évoque «un début de tendance». «Certains promoteurs commencent à intégrer des éléments préventifs dans leurs projets.» Un avantage compétitif, selon lui: «C’est un vrai argument de vente, dans la mesure où le besoin sécuritaire s’accroît.»

Bientôt la norme?

Cet aspect fait certes partie du descriptif de vente des projets de Mobimo. Mais la société immobilière alémanique, qui n’a pour l’heure construit que du locatif et du commercial en Suisse romande, n’en fait pas activement la promotion. «Les acheteurs potentiels s’inquiètent tous de cette question», témoigne Roman Loser, responsable de la gestion de projets en Suisse romande.

Un éclairage automatisé à l’extérieur, un interphone, des fenêtres du rez-de-chaussée équipées de verre renforcé, des portes de palier à trois points de verrouillage, ce sont des éléments que Mobimo, qui a racheté le groupe lausannois LO en 2009, intègre systématiquement dans ses projets. Quel que soit leur standing. «Nos standards sont supérieurs à la norme», assure Roman Loser. Pour l’instant, du moins. «Tous les promoteurs prennent la même direction, c’est une tendance générale», confirme-t-il.

Pour l’heure, ce type d’initiative reste toutefois assez marginal, à en croire le commissaire adjoint de la police cantonale vaudoise, Pierre-Olivier Gaudard. Il regrette que les considérations financières priment trop souvent sur la notion sécuritaire. «Il ne faudrait pas non plus que les forces de l’ordre reportent cette responsabilité sur les promoteurs», lui oppose Olivier Feller.

Ce n’est pas le cas. Pierre-Olivier Gaudard ne jette pas la pierre aux milieux immobiliers. «Nous avons beaucoup communiqué auprès des habitants. Beaucoup moins auprès des régies et des promoteurs», concède celui qui est chargé de la prévention de la criminalité dans le canton de Vaud.

La sensibilisation débute

Ses services commencent pourtant à s’en approcher. Le commissaire adjoint donnera par exemple des cours à l’Armoup, l’Association romande des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, qui s’engage pour la construction de logements à loyers modérés.

Si la sensibilisation des professionnels est encore embryonnaire, celle des habitants porte ses fruits. «Plusieurs fois par semaine, mes collaborateurs réalisent des analyses sécuritaires de logements afin de juger de leur degré de protection», témoigne le commissaire adjoint. Le service est gratuit.

Les petites entreprises, les cafetiers, les restaurateurs et les ga­ragistes sont eux aussi très ­demandeurs. «Notre carnet de commandes est bien rempli», conclut Pierre-Olivier Gaudard.

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