Viticulture

Provins: 15 centimes qui soulèvent des interrogations

Le premier producteur de vins suisses a retenu 15 centimes sur le prix de chaque kilo de raisin encavé en 2018. Une décision qui renforce les rumeurs sur la santé financière de la cave coopérative, que cette dernière balaie d’un revers de main

Ce sont des rumeurs récurrentes en Valais. A intervalles réguliers, des bruits courent à travers le vignoble du canton sur la santé financière de la cave Provins, premier producteur de vins suisses. Cette année n’échappe pas à la règle et la retenue solidaire ainsi que la réserve sur le paiement de la vendange 2018, annoncées lors de l’assemblée générale de la coopérative en fin d’année dernière, renforcent les interrogations.

Sur le prix de chaque kilo de raisin que Provins a payé, la cave a retenu 10 centimes pour alimenter un fonds de solidarité tandis que 5 autres centimes ont été réservés. Ces derniers pourraient être reversés dans le courant de l’année 2019 aux vignerons. Avec 8 millions de kilos de raisin encavé l’automne passé, l’économie pour la coopérative s’élève à 1,2 million de francs.

Une vendange 2018 généreuse

Ce qui surprend, c’est que ces décisions ont été prises alors que la vendange 2018 a été généreuse, tant quantitativement que qualitativement. «Lors de belles vendanges, il y a une grande pression sur les prix de la part des acheteurs, explique Raphaël Garcia, le directeur de Provins. Nous avons agi ainsi afin de rester compétitifs, dans un marché toujours plus concurrentiel à cause des vins étrangers, et aujourd’hui nous pouvons dire que notre stratégie a fait ses preuves.»

Raphaël Garcia souligne, par ailleurs, que malgré la retenue des 15 centimes, «la moyenne du prix du raisin payé aux sociétaires est la plus élevée des cinq dernières années, étant donné que nous avons versé énormément de primes qualitatives». Provins accorde en effet une prime de 10% lorsque le raisin a un taux de sucre naturel élevé, ce qui a été très courant lors de la vendange 2018.

Un chiffre d’affaires en baisse

Ces décisions, validées par l’assemblée générale, interviennent à un moment où le chiffre d’affaires de l’entreprise n’a jamais été aussi bas. En cinq ans, il a diminué de plus de 25%, passant de 61 à 45 millions de francs. Difficile donc de ne pas imaginer que derrière la retenue solidaire et la réserve sur le paiement se cache également un moyen d’améliorer la situation financière de Provins.

Raphaël Garcia réfute totalement. Il explique que la diminution du chiffre d’affaires est intimement liée à la générosité, ou non, de la nature. «Le résultat final dépend du résultat de la vendange, car nous n’avons qu’une récolte par an. Or les petites vendanges se sont multipliées ces dernières années, avec notamment, en 2017, la plus faible jamais enregistrée en Valais. Pour Provins, la baisse de volume a atteint 40%.» Pour éviter une rupture majeure de disponibilité des produits, la coopérative n’a eu d’autre choix que de limiter la vente de vrac et de restreindre les actions, pour privilégier ses propres produits. Avec un impact certain sur le chiffre d’affaires.

A l’assaut du marché alémanique

Cette stratégie, rendue nécessaire par un impératif climatique, a conduit la société à développer une vision misant sur le renforcement de la qualité, le respect de l’environnement et un travail durable. Léonard Perraudin, le nouveau président de la coopérative, qui a succédé à Pierre-Alain Grichting parti prendre en main la destinée de la Banque cantonale du Valais, et le conseil d’administration s’inscrivent dans cette démarche. «Cela passe par un maximum de vins Provins mis en bouteilles et vendus sous l’appellation AOC Valais, tout en respectant les équilibres économiques de notre propre production et de la grande distribution», précise Léonard Perraudin.

La stratégie est déjà sur les rails. Provins mise sur la proximité avec sa clientèle, privée ou gastronomique. La coopérative a ouvert plusieurs magasins en Valais, mais le marché qui l’intéresse tout particulièrement, c’est la Suisse alémanique. «C’est le marché le plus compliqué, mais c’est aussi là qu’il y a le plus gros potentiel, puisque c’est outre-Sarine que la part de marché des vins suisses est la plus faible», explique Raphaël Garcia. Cette ambition passe par l’ouverture, début juin, d’une œnothèque 100% valaisanne au cœur de Zurich, dans le quartier en plein développement de l’Europaallee, qui proposera une offre gastro-apéritive, uniquement composée de produits du Vieux-Pays.

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