«Dans ce pays, on répertorie chaque vache, chaque voiture. Mais pas les armes?» Au Conseil des Etats, jeudi, la socialiste bâloise Anita Fetz résume d'un trait la déception de la gauche. Il n'y aura pas de registre centralisé des armes à feu en Suisse, pour le moment du moins. La révision approuvée sans opposition par la Chambre des cantons comble néanmoins certaines lacunes: les armes à air comprimé, les imitations d'armes, certains couteaux, le port d'objets dangereux seront réglementés. La vente anonyme sur Internet sera interdite. Et les pratiques cantonales devraient être unifiées. Le Conseil national doit encore se prononcer sur ce nouveau durcissement, après une première série de mesures imposées par la participation de la Suisse à Schengen.

Registre laminé

A une écrasante majorité, le Conseil des Etats a refusé de suivre une proposition du socialiste vaudois Michel Béguelin, qui voulait réintroduire par la bande l'idée d'une banque de données des armes en circulation. Un résultat attendu: le registre central des armes a été laminé à l'occasion de deux procédures de consultations successives, a rappelé Christoph Blocher pour le Conseil fédéral. Trop cher en comparaison de son utilité, ont conclu une très large palette de cantons, de partis et, bien sûr, d'organisations de tireurs et de chasseurs, très présents dans ce dossier.

Ce n'est peut-être que partie remise. Du moins Michel Béguelin l'espère-t-il. L'évolution des standards internationaux en la matière, dit le socialiste vaudois, va peu à peu marginaliser la Suisse - le Département fédéral des affaires étrangères s'engage d'ailleurs au sein de l'ONU pour un meilleur traçage des armes légères.

A droite, tous ne sont pas enthousiastes non plus. «Tigre de papier» pour l'UDC zurichois Hans Hofmann, la nouvelle loi risque de poser de gros problèmes d'exécution, prévient-il. Et de parler du pistolet d'ordonnance de son père, retrouvé dans une armoire après la mort de celui-ci, et conservé depuis au domicile du député. «Que devrais-je faire avec cette loi?» Hans Hofmann reste perplexe, répétant qu'il faut viser les criminels, pas les citoyens responsables.

Et puis, deux conseillères aux Etats - la démocrate-chrétienne jurassienne Madeleine Amgwerd, surtout, à un moindre degré la radicale vaudoise Christiane Langenberger - se sont montrées préoccupées par les armes de service entreposées à la maison par les militaires. Mais c'est uniquement par une révision de la législation militaire que la question pourra être abordée.