Le 9 décembre dernier, le comité central du Parti socialiste (PS) avait renoncé à soutenir le référendum lancé par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) contre l'envoi de soldats armés à l'étranger. Emanant de la section genevoise, cette proposition avait été balayée (41 voix contre 15) au grand soulagement de la direction du parti. «Un soutien au référendum (et donc une alliance objective avec l'ASIN, ndlr) aurait constitué une catastrophe pour moi», avait avoué la présidente du parti, Christiane Brunner, quelques jours plus tard.

Alors que l'on croyait l'affaire réglée, il n'en est rien. Contrairement à ce qui avait été annoncé lors du comité central, la décision d'alors ne fera pas office de mot d'ordre du PS pour la votation du 10 juin. Les divergences internes sont telles que le parti ne pourra pas faire l'économie d'un nouveau débat. L'objet a ainsi été ajouté à l'ordre du jour de l'assemblée des délégués prévue le 31 janvier à Neuchâtel, réunion que la direction du parti espérait pouvoir consacrer exclusivement à la politique de formation.

Quelle dynamique?

La décision sur le mot d'ordre ne sera pas une formalité. Personne ne peut préjuger de la dynamique qui s'installera au sein de l'assemblée des délégués, nouvel organe statutaire qui se réunira pour la première fois. Le net résultat obtenu au comité central doit en outre être relativisé. Agendée le même jour, l'élection du nouveau secrétaire général du parti avait attiré de nombreux délégués alémaniques, globalement plus favorables à la révision de la loi militaire que les Romands.

En outre, les conditions cadres pour la votation ont changé du tout au tout depuis le comité central. A l'époque, Christiane Brunner, fraîchement élue présidente et auréolée encore de l'«esprit du Congrès de Lugano», avait fait mouche en s'appuyant sur un argument: le parti ne peut pas se permettre de soutenir le non car cela serait interprété comme un signe de fermeture du PS. Or cette idée a perdu de sa force. Se réclamer de l'esprit d'ouverture n'est de loin pas suffisant, admet-on aujourd'hui de manière croissante au sein du parti depuis la gifle reçue le 4 mars sur l'Europe.

En outre, il est de plus en plus douteux qu'un oui à la loi pourrait être interprété sans autre comme un signe d'ouverture. «Dans le camp bourgeois, la révision a tendance à être vendue comme une mesure pour encourager des réfugiés potentiels à ne pas affluer en Suisse», souligne la socialiste neuchâteloise Valérie Garbani. Samuel Schmid défend lui aussi le projet de manière beaucoup plus prosaïque que son prédécesseur. Il n'est plus guère question dans son argumentaire de solidarité avec la communauté internationale mais de la pure défense des intérêts de la Suisse et de sa neutralité. Si le oui devait triompher, il n'est pas sûr donc que le PS en tirerait un quelconque profit politique.

Indice de la cacophonie ambiante, une vingtaine de députés se sont déjà engagés dans le comité interpartis favorable à la révision (dominé par la droite) bien que le mot d'ordre du PS ne soit pas acquis. Deux d'entre eux, Boris Banga (SO) et Mario Fehr (ZH), siègent même à la coprésidence. Aussi favorable à la révision mais pour d'autres raisons, Barbara Haering est en train de monter une structure propre, qui s'appuiera sur des arguments plus spécifiquement de gauche – sans toutefois donner dans l'idéalisme béat. «Nous insisterons sur le fait que, dans certaines situations, la présence de l'armée est un préalable nécessaire à la reconstruction du pays et au déploiement de l'aide humanitaire», précise la Zurichoise.

La direction du parti tente apparemment d'accréditer l'idée que le front des opposants se résume aux purs idéalistes. «J'ai subi des pressions internes pour ne pas m'engager dans la campagne», affirme une personnalité alémanique en vue au sein du PS. Des gens comme le président de l'USS Paul Rechsteiner ou la vice-présidente du parti, Christine Goll, que l'on sait favorables au référendum, se tiennent en tout cas en retrait. D'autres comme la vice-présidente du groupe Hildegard Fässler, la «moderniste» Susanne Leutenegger Oberholzer ou le Bâlois Remo Gysin s'affichent ouvertement comme partisans du référendum. Aux côtés d'un certain Peter Bodenmann.