Deux présidences vacantes aux deux extrémités de l'échiquier politique. Deux situations inverses. Et un paradoxe: le PS, après la gifle essuyée aux élections, s'était juré de s'offrir une auto-analyse douloureuse mais salvatrice, espérait-il, via une campagne interne pour remplacer, en mars, son président démissionnaire Hans-Jürg Fehr. L'UDC, de l'autre côté, avait pour habitude de «désigner» ses hommes clés plutôt que de les soumettre aux aléas d'une élection interne réellement ouverte. Néanmoins, après le triomphe enregistré en octobre, elle fait mine d'ouvrir les fronts pour la succession d'Ueli Maurer (lire encadré). Que cache cette situation exceptionnelle?

Au sein du PS, elle est révélatrice de la difficulté de reprendre le parti dans la situation actuelle. Comme le dit un conseiller national, il faut avoir les épaules larges pour à la fois bouleverser les structures et remettre en question des aspects programmatiques. «Le futur président va prendre des coups», prévient-il. Cela n'effraie pas Christian Levrat, seul candidat en lice. Mais lui-même l'a dit, il aurait préféré avoir de la concurrence. Non seulement par goût de la compétition, mais surtout parce que le PS s'est toujours présenté comme la formation démocratique par excellence. Le parti dont les deux ailes sont aussi symboliques que la rose déteste ne pas avoir le choix. Question d'image. Et, plus que jamais, de santé. Difficile, en effet, d'imaginer que la reprise de cette formation en crise ne fasse pas l'objet d'une lutte de pouvoir. Qu'il y ait absence de combattants dans ce qui représente la seconde force sous la Coupole avec 52 parlementaires.

C'est hélas bien simple, résume un parlementaire: il y a ceux qui ont des enfants en bas âge, à l'image du Bâlois Rudolf Rechsteiner, qui avoue avoir abandonné l'idée de se lancer pour des raisons familiales. D'autres élus, poursuit ce conseiller national, à l'image de Jacqueline Fehr, visent la succession de Moritz Leuenberger au Conseil fédéral. Or, au PS, la présidence implique une certaine autorité à l'interne et une bonne dose d'agressivité envers les autres partis. Pas franchement de quoi s'assurer des soutiens en vue d'une élection au gouvernement qui nécessite une majorité parlementaire.

Enfin, il y a ceux que Christian Levrat a effrayés. Hildegard Fässler, ancienne cheffe de groupe très respectée, aurait reculé face au bulldozer Levrat, témoigne un parlementaire. Tout comme certains jeunes loups qui rêvaient secrètement de relever le défi mais se sont rendu compte qu'ils ne faisaient pas le poids, relève ce vieux briscard.

Christian Levrat est-il donc la perle rare? Ce syndicaliste pragmatique semble en tout cas avoir mis tout le monde d'accord. Un comble dans un parti qui cherche de toute urgence à retrouver le goût du débat interne. La thérapie de groupe est donc retardée. Et elle sera d'autant plus difficile à mener pour une future présidence qui sera contrainte d'allumer artificiellement la mèche après avoir été désignée à l'unanimité...