Le monde politique a peut-être mis lundi le pied dans la porte du coffre-fort la Banque nationale suisse (BNS).

Non contente de critiquer dans un rapport la gestion du Conseil fédéral sur la répartition des 21 milliards de la vente d'or excédentaire de la BNS, la Commission de gestion du National a déposé une motion pour exiger que le parlement décide à l'avenir des modalités de répartition des produits extraordinaires de la banque centrale.

«La Commission de gestion (CdG) n'a pas fait son travail», dénoncent d'une seule voix les cantons, les radicaux et le PDC. Mandatée au début de l'année dernière par les socialistes qui estimaient que le Conseil fédéral outrepassait ses droits en décidant seul de l'affectation de l'or excédentaire de la BNS, la CdG du National a publié lundi un rapport à charge sur l'utilisation des réserves de la BNS (lire ci-dessous). Dominé par «l'alliance» socialiste et UDC, l'organe de contrôle a estimé que le gouvernement avait manqué à plusieurs règles en distribuant en trois mois 14 milliards aux cantons.

Cette même majorité en a profité pour relever son expertise d'une motion visant à donner le pouvoir au parlement pour ce genre de transactions. «Un scandale», «une ingérence crasse», «un abus de pouvoir», pouvait-on entendre lundi dans la Berne fédérale.

La chasse à l'or du PS

«La chasse à l'or des socialistes est désormais ouverte», résume Guido Schommer, secrétaire général du Parti radical. Déjà à la tête de l'initiative COSA qui sera votée en septembre et qui vise à attribuer la part confédérale des bénéfices de la BNS à l'AVS, le Parti socialiste semble vouloir mettre durablement la main sur le métal précieux de la banque. Dans sa motion, la CdG mentionne d'ailleurs qu'une nouvelle vente d'or (entre 5 et 10 milliards) pourrait avoir lieu ces prochaines années. Une information que dément formellement la banque centrale. «C'est une spéculation», assure Fabio Pedrina (PS/TI), membre de la CdG. Une spéculation que d'autres considèrent davantage comme une velléité du PS. Autrement dit, une bonne partie du centre droit soupçonne aujourd'hui les socialistes de vouloir puiser dans le coffre-fort de la BNS pour financer les assurances sociales, tout en assurant quand même une manne aux cantons grâce à de nouvelles ventes d'or. Une pratique qui mettrait en danger l'indépendance et donc la politique monétaire de la BNS, assure la Conférence des gouvernements cantonaux.

Un travail bâclé

Les socialistes cachent à peine leurs desseins de s'immiscer dans les affaires de la BNS. «Bien sûr que notre rapport était motivé par des considérations partisanes», confie un membre socialiste de la CdG qui ne cache pas non plus que les discussions lors des séances ont été bâclées. «Tout le monde a vu très vite où était la majorité et s'est dit qu'il ne valait rien de faire de la cosmétique», continue-t-il. Un fait qui alimente les accusations du PDC et du PRD qui mettent sérieusement en doute la qualité du travail de la commission de gestion. «La CdG est censée veiller à ce que le Conseil fédéral agisse en accord avec les lois. Elle ne doit en aucun cas faire de la politique», s'exclame Guido Schommer. Même son de cloche du côté du PDC qui affirme que ce rapport, sans conséquences rétroactives sur l'argent déjà distribué, n'est pas une expertise mais un instrument de politique partisane.

Nombreux sont aussi ceux qui voient dans ces prérogatives prises lundi par les socialistes et l'UDC une vengeance à l'encontre du gouvernement et des partis du centre. Ces derniers avaient précipité l'an dernier le versement des 14 milliards aux cantons pour torpiller l'initiative COSA.