Malgré le retrait des titulaires Pierre-Alain Gentil et Hubert Theurillat, les mairies de Delémont et de Porrentruy restent socialiste et démocrate-chrétienne. Dans la capitale cantonale (42% de participation), Gilles Froidevaux a nettement battu une coalition de centre droit regroupée derrière la démocrate-chrétienne Françoise Collarin: le socialiste de 33 ans a recueilli 56% des suffrages. «L'appui dont je bénéficie dépasse la seule gauche delémontaine, se réjouit Gilles Froidevaux. Cela me responsabilise plus encore. Je tiendrai compte des diverses sensibilités et je dirigerai la ville avec ouverture et dans l'intérêt général.» Bien que défaite, Françoise Collarin n'est pas déçue: «Notre alliance d'opposition était nouvelle. C'est un premier pas vers une candidature consensuelle pour faire barrage au PS dans quatre ou huit ans.»

La continuité l'a aussi emporté à Porrentruy, avec l'élection attendue de l'imprimeur PDC de 57 ans Gérard Guenat, avec 55% des voix. Le retrait des candidats PLR et PCSI a généré un tassement de la participation entre les deux tours: de 61 à 53%. «Dans une ville profondément conservatrice, recueillir 45% des suffrages est tout à fait spectaculaire», analyse le candidat socialiste François Laville, déçu pourtant de ne pas avoir fait triompher le changement. «Les années à venir seront difficiles. Je sens, dans la jeunesse et les communautés migrantes, une réelle envie de renouveau», affirme le chef du Service cantonal de l'enseignement, qui restera ainsi à son poste – il avait annoncé qu'à 60 ans, il démissionnerait pour se consacrer entièrement à la mairie de Porrentruy s'il y avait été élu.

S'il revendique la continuité PDC, Gérard Guenat se réclame aussi du changement. «Je préconise davantage d'information et de participation dans la conception des dossiers. Je suis reconnu comme quelqu'un qui sait écouter.» Et de plaider pour l'union sacrée dans une ville en déclin. «Pas d'accord avec ce cliché du déclin, conteste Gérard Guenat. Notre population est en augmentation et notre tissu industriel existe. Je ne partage pas votre pessimisme.»

Le nouveau maire de Porrentruy sera aussi un leader régional. «Nous devons collaborer en Ajoie, en particulier avec les communes de la couronne de Porrentruy.» Aller jusqu'à la fusion? «C'est irréaliste, le mot fusion braque la population. Coopérons, montrons-en les effets bénéfiques et allions-nous pas à pas.»

A Delémont, parler de fusion des communes de l'agglomération est plus tabou. «Je la souhaite, même si je ne suis pas persuadée qu'elle se fera», dit la candidate PDC Françoise Collarin. «Tout en élaborant un marketing urbain pour profiler Delémont à la porte de Bâle, ce qui constitue avec le développement économique ma première priorité, renchérit Gilles Froidevaux, nous devons aller aussi loin que possible dans le concept d'agglomération. Et faire la démonstration que les structures communales actuelles ne permettent plus de faire face aux défis modernes.»

Le nouveau président socialiste de Delémont se dit prêt à travailler avec le maire de la principale commune de la couronne delémontaine, Yann Barth, un radical qui a renversé il y a trois semaines le bastion PS de Courroux. Yann Barth, par ailleurs ancien porteur du programme cantonal «Pays ouvert», torpillé par la gauche. L'agglomération delémontaine ne risque-t-elle pas de souffrir d'une possible guerre de personnes entre les deux jeunes loups Gilles Froidevaux et Yann Barth? «Nous devons faire fi de nos divergences partisanes et faire primer l'intérêt régional», préconise Gilles Froidevaux.

Une troisième commune a eu recours à un second tour ce dimanche pour élire son maire: bastion PDC, Vicques a basculé dans les rangs chrétiens-sociaux, avec l'élection de Suzanne Maître. Elle a bénéficié du retrait de la candidate socialiste et obtenu 58% des voix, laissant le PDC Jean-Luc Charmillot à 130 voix derrière elle.

A quelques rares exceptions, les élections communales 2004 ont généré le statu quo et confirmé l'éclatement des sensibilités politiques dans le Jura. Les quatre principales mairies sont occupées par les quatre partis qui font la politique du canton: socialiste à Delémont, PDC à Porrentruy, chrétien-social à Bassecourt et radical à Courroux.