Le sujet divise. La question du soutien au référendum contre les derniers durcissements du droit d’asile a provoqué, comme on s’y attendait, de vifs débats au sein du PS. Le président du parti, Christian Levrat, appuyé par la suite par le comité directeur, s’est toujours positionné contre un soutien au référendum, estimant que le parti ne devait pas participer à la récolte des signatures, pour des raisons stratégiques. Car, personne ne se fait d’illusion, un vote sur les derniers durcissements n’a quasiment aucune chance en votation populaire. Pour beaucoup, entrer dans cette campagne serait contre-productif. L’échec cuisant sur lequel pourrait déboucher le scrutin risque d’avoir pour unique effet celui d’entraîner de nouveaux tour de vis.

Le comité directeur a bien insisté:aussi «déplorables» que soient la plupart des modifications législatives adoptées, elles ne sont pour la plupart «pas décisives au point de justifier un référendum», certaines n’ayant qu’une «portée symbolique». Il a rappelé qu’en 2006 déjà, un durcissement de la loi avait été accepté par 68% des votants, «en dépit d’une campagne aussi vive que résolue menée par le PS et toutes les organisations d’aide aux réfugiés». Il s’agit de faire preuve d’une «tactique habile et non aveugle», estiment les responsables du parti: «soutenir le référendum dans l’état actuel des choses risquerait de nuire aux personnes directement concernées par la révision de la loi sur l’asile». Ceci alors que d’autres réformes du droit d’asile et des étrangers sont en cours. La très délicate question de la suppression de l’aide sociale pour tous les requérants sera traitée lors de cette session parlementaire d’hiver.

La majorité des délégués socialistes réunis samedi en Assemblée à Thoune (BE), en présence de leurs deux conseillers fédéraux, ont fini par aller dans le sens de la direction. Par 114 voix contre 92 et 4 abstentions, ils n’ont pas suivi la proposition de soutien au référendum du PS de la ville et du canton de Zurich, pour lesquels les dernières restrictions votées «ne contribuent aucunement à résoudre les problèmes qui se posent actuellement dans le domaine de l’asile» et ne font que «une fois, de plus, toucher les requérants les plus vulnérables». Parmi les dix personnes venues défendre leur point de vue à la tribune - cinq pour, cinq contre - le conseiller communal zurichois Alan David Sagrines a haussé le ton: «Nous n’avons pas peur de la bataille référendaire! Si nous montrons que nous avons peur des partis de droite, autant arrêter tout de suite de faire de la politique!». Il a également pointé du doigt la position «illogique et incohérente du PS», qui «dira non aux durcissements en cas de votation, sans avoir osé se battre». Tout aussi énergique, le Neuchâtelois Mathieu Béguelin a lancé: «Aujourd’hui, nous prenons le risque de perdre une bataille ou celui de nous perdre nous-mêmes». «Résistons!», a déclaré de son côté la Vaudoise Ada Marra, également en faveur du référendum. Pour la conseillère nationale, cette révision est «pire que d’autres où le PS avait lancé un référendum», car elle touche à la notion même de réfugié.. Des propos qui n’ont pas su convaincre la majorité des délégués présents.

Le référendum controversé a été lancé par les Jeunes Verts à la suite des durcissements adoptés en urgence par le Parlement en septembre dernier. La suppression des demandes d’asile dans les ambassades, la non-reconnaissance de la désertion et de l’objection de conscience comme motifs d’asile et la création de centres spéciaux pour requérants récalcitrants, en font partie. Il est soutenu par les Verts et diverses oeuvres d’entraide, dont la plupart sont entrées dans la danse avec un enthousiasme très relatif tant il paraît perdu d’avance. Plusieurs sections cantonales du PS s’y sont ralliées:c’est le cas de celles de Genève, de Neuchâtel, du Jura, de Saint-Gall, d’Argovie, de Thurgovie, de Bâle-Ville et d’Appenzell Rhodes-Extérieures. Les sections des villes de Lausanne, Zurich, Berne et Saint-Gall, ainsi que les Jeunes socialistes, ont aussi décidé de le soutenir.

La suite? Les Femmes socialistes et le PS vaudois, qui se sont positionnés contre le référendum, proposent le lancement, avec une large coalition, d’une initiative populaire sur la politique migratoire, avec pour principe «Un travail, un permis». Le comité directeur du PS y est favorable et le principe a été accepté par les délégués. La gauche a plus que jamais l’intention de proposer ses propres solutions plutôt que de réagir à celles lancées par les partis de droite. Un avis partagé par la ministre de Justice et police Simonetta Sommaruga: «Il est grand temps que nous abandonnions notre attitude défensive pour assumer un rôle actif dans la politique d’asile», a-t-elle lancé devant les délégués. Elle a été longuement applaudie.