Le Parti socialiste suisse franchit le pas qu'il n'avait pas osé faire il y a vingt ans: il se dote d'une coprésidence. Celle-ci sera composée de la Zurichoise Mattea Meyer et de l'Argovien Cédric Wermuth. Ce tandem de trentenaires a été élu samedi, lors d'un congrès organisé en partie en présentiel à Bâle mais surtout en ligne, à l'écrasante majorité de 538 voix contre seulement 23 à leur rival biennois, Martin Schwab.

Le duo succède au Fribourgeois Christian Levrat, qui aura présidé le PS pendant douze ans et se consacre désormais à la présidence du syndicat du personnel douanier Garanto et à sa candidature au Conseil d'Etat fribourgeois.

Les expériences des Verts et des syndicats

Pour rendre cette coprésidence possible, les délégués socialistes ont dû au préalable modifier les statuts, car ceux-ci ne prévoyaient pas ce cas de figure.  C'est la première fois qu'un parti gouvernemental sera dirigé par deux personnes. Le PS avait été tenté par cette forme de gouvernance après le mandat difficile de la Zurichoise Ursula Koch. C'était en 2000. Il y avait renoncé et c'est finalement Christiane Brunner seule qui a pris les commandes du PSS.

Spécialité de la gauche, la coprésidence a déjà été exercée par les Verts: Patrice Mugny (GE) et Ruth Genner (ZH) entre 2001 et 2004 puis Adèle Thorens (GE) et Regula Rytz (BE) entre 2012 et 2016. L'Union syndicale suisse (USS) a été coprésidée par Christiane Brunner et Vasco Pedrina entre 1994 et 1998. Puis le syndicat Unia a été codirigé par Vania Alleva et Renzo Ambrosetti entre 2012 et 2015.

Lire aussi: Les Verts abandonnent le système de la coprésidence

Les bilans avaient été contrastés. A l'exception du duo féminin Thorens-Rytz à la tête des Verts, les coprésidences ont permis de combiner les genres - une femme, un homme - et de refléter les différences de sensibilité entre les régions linguistiques. Mais le partage des tâches avait été jugé contraignant et ne répondait pas à la volonté, souvent mise en avant par les partis, de n'avoir qu'un seul porte-drapeau connu dans tout le pays.

Coprésidents jeunes parents

Au PS, une autre volonté a pris le dessus: celle de confier les rênes du parti à la nouvelle génération, formée à l'école turbulente des Jeunesses socialistes et désormais représentée au parlement fédéral. Mais cela pose un problème de disponibilité. Agés de 32 et 34 ans, Mattea Meyer et Cédric Wermuth sont de jeunes parents qui ne désirent pas tout sacrifier pour la politique. C'est pour cela qu'ils souhaitent se partager les contraintes lourdes de la fonction présidentielle.

Lire aussi: En politique, la coprésidence séduit de plus en plus

Cette coprésidence sera-t-elle équilibrée? Cédric Wermuth est une forte personnalité. Son discours de candidature, samedi à Bâle, l'a démontré. Il a fait appel à l'histoire du parti, au passé migratoire d'une partie de sa famille, à son expérience de vie - la douloureuse disparition de sa mère -  et aux défis futurs. Moins personnelle, Mattea Meyer a mis l'accent sur les «colères» qui l'ont convaincue de s'engager au sein du PS et sur ses «espoirs» de voir une société plus égalitaire, plus environnementale et plus digne.

Choisi pour les parrainer, le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, a souligné la capacité de Mattea Meyer de négocier des compromis avec la droite, par exemple pour l'aide aux indépendants en cette période de crise. C'était l'une des forces de Christian Levrat. Comme l'a souligné l'ancien président du PDC, Christophe Darbellay, dans un message vidéo, son aptitude à trouver des compromis avec les partis du centre a permis de faire avancer des dossiers importants.

Samuel Bendahan et Ada Marra vice-présidents

Les Romands du parti se sont mobilisés pour rappeler au duo alémanique l'importance de refléter toutes les sensibilités au sein de la présidence. Certes, grâce à sa mère vaudoise d'origine, Cédric Wermuth parle parfaitement le français (comme d'ailleurs l'italien). Mais cela suffit-il? Un autre tandem s'était lancé dans la course. Il était composé du Valaisan Mathias Reynard et de la Zurichoise Priska Seiler-Graf et misait notamment sur cet aspect culturel. Il s'est retiré après que Mathias Reynard a choisi de privilégier une candidature au Conseil d'Etat valaisan.  Après ce retrait, notamment à l'initiative de Samuel Bendahan (VD), les socialistes romands n'ont pas baissé les bras. Samedi, le conseiller national genevois Christian d'Andrès a interpellé les nouveaux coprésidents sur la présence latine au sein de la présidence.

Lire aussi: Les Romands veulent se faire entendre au PS

La vice-présidence comprendra toujours deux Romands, mais cela ne représente pas un renforcement. Ada Marra (VD) a été réélue et Samuel Bendahan (VD) l'y rejoint. Il compense le départ de Christian Levrat. Mais la troisième prétendante romande, la coprésidente des Femmes socialistes suisses, la Neuchâteloise Martine Docourt, a retiré sa candidature afin d'«éviter une lutte entre candidates et des divisions internes». Elle a laissé la place à la Zurichoise Jacqueline Badran et à la présidente des Jeunes socialistes, Ronja Jansen. Quant aux minorités linguistiques, elles seront représentées par le Grison romanchophone Jon Pult, qui remplace la Tessinoise Marina Carobbio.