Genève

Le PS souhaite investir les retraites des fonctionnaires dans la pierre

En cas de recapitalisation de la caisse de prévoyance de l’Etat de Genève, les socialistes veulent que cet argent soit destiné à la construction de logements locatifs. Un projet jugé contre-productif par la Chambre immobilière genevoise

Le Parti socialiste genevois veut saisir l’opportunité d’une éventuelle recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) pour construire des logements locatifs. Jeudi matin, leurs députés ont présenté le projet de loi qu’ils viennent de déposer au Grand Conseil.

Dans les détails, le texte contraindrait la CPEG à investir les montants issus de la recapitalisation (que soit sous forme de dotation gratuite par l’Etat ou d’emprunt) dans la production de logements locatifs, «répondant aux besoins prépondérants de la population». Et ce, «en priorité sur le territoire du canton et dans la mesure où cela ne serait pas possible, dans l’agglomération franco-valdo-genevoise». Afin de permettre l’émergence de ces logements, l’Etat devrait également offrir des terrains à la caisse de retraite des fonctionnaires «sous forme de droit de superficie gratuit».

«Un investissement qui offre un rendement stable»

«C’est un moyen de faire face aux rendements nettement insuffisants, voire même négatifs, du marché obligataire, soutient le député et avocat de l’Asloca Christian Dandrès, rappelant que le taux de rendement dans l’immobilier avoisine environ les 3,75%. Cet investissement offre un rendement stable et adapté aux exigences des règles de la prévoyance professionnelle.» Selon l’élu, l’autorité de surveillance devrait accepter que la CPEG déroge à l’ordonnance fédérale qui fixe à 30% le montant de la fortune placée dans des investissements immobiliers.

Secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière et député libéral-radical, Christophe Aumeunier goûte peu le texte socialiste. «Il s’agit clairement d’une ingérence dans la caisse de prévoyance. A moins que les socialistes ne soient devenus subitement des experts de la prévoyance professionnelle, je peine à comprendre pourquoi ils tiennent à défier le comité de la caisse et s’immiscer dans des réalités économiques qu’ils semblent ignorer totalement. D’abord, on peut aisément imaginer que la CPEG n’a pas attendu le PS pour réorienter ses investissements dans la pierre. Ensuite, ce modèle n’est pas viable économiquement. Contraindre la caisse de pension à des rendements limités met en péril le service des rentes et aggrave le besoin de recapitalisation. En outre, investir dans ce domaine peut être contre-productif, surtout lorsque les rendements des marchés mobiliers repartiront à la hausse.»

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Le 3 octobre 2016, la Chambre suisse des actuaires décidait d’abaisser son taux de référence de 2,75% à 2,25%. Avec pour conséquence, un abaissement des prévisions du degré de couverture de la CPEG, conduisant cette dernière à voir la valeur de ses avoirs fondre de 1,45 milliard de francs. Déjà fragilisée lors de sa constitution, la CPEG s’inquiète aujourd’hui de ne pas pouvoir respecter ses engagements, notamment celui d’assurer un taux de couverture de 80% en 2052, comme le requiert la législation fédérale.


Pour poursuivre: Le président de la caisse de retraite des fonctionnaires quittera sa fonction

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