Avec la surévaluation du franc, les Suisses ont peur pour l’économie du pays et leurs emplois. Cette montée d’inquiétude profite au Parti socialiste, dans la perspective des élections fédérales du 23 octobre. Le sixième et avant-dernier baromètre électoral* réalisé par gfs.berne pour la SRG-SSR et Le Temps, montre que, pour la première fois cette année le PS se retrouve, avec 20,5% des intentions de vote, au-dessus de son résultat de 2007 (19,5%).

Ceci alors que le Parti libéral-radical, malgré ses compétences reconnues en matière économique, ne parvient pas à faire passer son message et peine à mobiliser son électorat. Le PLR retombe à 15,6%, deux points en dessous de son résultat d’il y a quatre ans. Pour les autres partis, c’est la stabilité. L’UDC reste en tête du paysage politique suisse avec 28%, mais ne semble pas en mesure de pouvoir franchir la barre des 30%, son objectif annoncé au début de l’année, qui a été remisé. Le PDC reste aux environs de 14,5%, les Verts à 9,5%, les Verts libéraux à 4,5% et le petit Parti bourgeois démocratique à 3,1%.

La polémique sur la libre circulation des personnes, la catastrophe nucléaire de Fukushima, la surévaluation du franc, la fixation du cours du franc face à l’euro: rarement campagne électorale aura vécu ainsi au rythme des événements dramatiques ou médiatiques. L’actualité se lit dans la courbe des intentions de vote pour les partis. UDC en tête avec les thèmes de l’immigration, montée des Verts avec Fukushima, puis du PLR avec la crise monétaire, enfin du PS avec l’inquiétude pour l’économie suisse et les emplois. «C’est nouveau, il y a désormais une histoire très lisible de la campagne, analyse Claude Longchamp, directeur de gfs.berne L’influence des événements extérieurs a supplanté les thèmes traditionnels des affiches. La campagne s’éloigne du cadre habituel des cantons pour se muer en débat national.»

Le PS, qui a su se profiler avec ses propositions face au franc fort et pour le pouvoir d’achat des consommateurs, est le premier à profiter de cette apparition des thèmes nationaux. Si la question des migrations demeure en tête des préoccupations des Suisses (25%), la crainte d’une récession (12%) et d’une perte des emplois (7%) sont en train de rattraper les inquiétudes liées au climat et à l’énergie (13%). Mais la principale motivation des électeurs socialistes reste la crainte de perdre l’un des deux sièges au Conseil fédéral. L’enquête a été menée avant le retrait de Micheline Calmy-Rey. La mobilisation de l’électorat de gauche ne devrait donc que se renforcer, selon gfs.berne

A l’inverse, «le PLR est pris dans une lourde tendance à la baisse», constate Claude Longchamp. L’embellie dont avait profité le PLR en juillet (LT du 13.08.2011) s’est évanouie. Les hésitations, puis les difficultés de Johann Schneider-Ammann à faire passer son programme de lutte contre les effets du franc fort, avec un soutien peu enthousiaste de son propre parti, et les réticences d’economiesuisse n’ont pas amélioré la communication et l’image du PLR. L’exode des électeurs radicaux vers les Verts libéraux ou le PBD est minime. Le plus inquiétant pour le parti de Fulvio Pelli, c’est la part de 45% seulement de ses supporters traditionnels qui se déclarent prêts à aller voter. C’est le plus fort taux d’abstentionnisme des partis. UDC, socialistes et Verts mobilisent déjà entre 55 et 65% de leur électorat potentiel.

La guerre entre PLR et UDC à laquelle on assiste à Zurich et dans quelques cantons alémaniques, le refus du PLR de passer des apparentements avec son concurrent de droite, tout cela se traduit dans les sondages sur les intentions de panachage. 15% des électeurs du PLR sont prêts à inscrire un candidat de l’UDC sur leur liste, mais 17% accepteraient d’y faire figurer un socialiste. A l’inverse, 39% des supporters de l’UDC sont prêts à donner un suffrage à un libéral-radical.

L’enquête de gfs.berne met aussi en évidence la constitution d’un centre morcelé autour du PDC, avec deux petits satellites, les Verts libéraux et le PBD, que les personnes sondées trouvent très proches aussi bien sur les questions d’ouverture de la Suisse au monde que sur les questions écologiques ou sur l’axe gauche-droite. Si les électeurs devaient partager la même perception de partis voisins, cela rendrait plus facile la coalition centriste souhaitée par le président du PDC Christoph Darbellay au parlement.

*L’enquête a été menée du 23 août au 3 septembre auprès de 1137 personnes. La marge d’erreur est de plus ou moins 2%.