«Que les radicaux revendiquent l'un de nos deux fauteuils au Conseil d'Etat, c'est tout simplement scandaleux! C'est faire abstraction de toute représentativité: nous avons acquis 25 sièges au Grand Conseil alors qu'ils n'en ont obtenu que 19. Il s'agit une OPA inamicale à l'encontre du Parti socialiste.»

Solange Berset, présidente du PS fribourgeois, est en colère. Elle a de la peine à accepter que, comme pressenti après son éclatant résultat du premier tour, le candidat du Parti libéral-radical (PLR) Jean-Claude Cornu reste en piste pour le second round, avec l'objectif avoué de «piquer un siège aux socialistes» (LT du 7.11.2006). Ce faisant, il ferait voler en éclats la formule magique à la fribourgeoise, qui, depuis 1981, voit la droite, condescendante, accorder deux places gouvernementales aux socialistes, eu égard à leur force politique réelle (lire ci-contre).

Le PDC se résout

Après l'UDC qui a annoncé lundi qu'elle maintenait son candidat Pierre-André Page dans la course, le PLR et le PDC ont en effet confirmé mardi qu'ils lançaient un ticket commun à trois, formé du sortant radical Claude Lässer, de son coreligionnaire Jean-Claude Cornu et du démocrate-chrétien Georges Godel. Guère emballés par la perspective de chasser sur les terres de la gauche, les PDC ont dû se résoudre à appliquer l'accord qui les lie aux radicaux.

Le 26 novembre, les quatre prétendants de la droite seront opposés au deux PS Erwin Jutzet et Anne-Claude Demierre, dans un scrutin où seuls les quatre premiers accéderont au gouvernement. Pour mémoire, les sortants Isabelle Chassot, Beat Vonlanthen (PDC) et Pascal Corminboeuf (indépendant) ont été élus au premier tour.

L'automne 2006 paraît décidément néfaste aux socialistes. Après Zoug et le Jura, deux cantons où ils viennent de perdre un siège au Conseil d'Etat, les voici maintenant menacés à Fribourg. Sont-ils en perte de vitesse?

Vice-président du PS suisse, le conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard réfute cette hypothèse: «Notre parti a atteint des sommets lors des communales vaudoises en mars, et aussi lors des cantonales bernoises, où nous avons gagné un nouveau fauteuil gouvernemental. A Fribourg, le PS a progressé au Grand Conseil. Et le score, au 1er tour, de ses cinq candidats au Conseil d'Etat, n'est pas mauvais, même s'ils sont largement dominés par l'alliance PDC-PLR. Il ne faut pas oublier qu'ils se présentaient pour la première fois. Dans les mêmes conditions, en 1991, Ruth Lüthi n'avait pas réalisé une aussi bonne performance qu'Anne-Claude Demierre cette fois-ci. Or elle a été élue au second tour.»

Assauts de la droite

Malgré les assauts de la droite, la confiance semble donc régner au sein du PS. Solange Berset: «Je suis sereine. La gauche entière saura se rassembler pour barrer la route à Jean-Claude Cornu et sauvegarder ainsi nos positions. Quant à l'UDC, elle ne représente pas une menace pour nous. Au parlement cantonal, leur progression s'effectue aux dépens du PDC et du PLR. C'est également chez eux qu'ils iront chercher des voix pour le Conseil d'Etat.»

Anne-Claude Demierre et Erwin Jutzet sont évidemment au diapason de leur présidente. «Avec un germanophone et une francophone, un homme et une femme, un représentant du nord et une du sud du canton, notre liste est parfaitement équilibrée. Je suis convaincue que les Fribourgeois ne souhaitent pas rompre avec la politique menée jusqu'à présent par le gouvernement, laquelle est orientée vers le développement économique, mais aussi social, du canton», déclare la première. Son colistier renchérit: «Jean-Claude Cornu a certes réalisé un bon résultat au 1er tour, mais il était assis sur le porte-bagages du vélo PDC. Maintenant, il devra travailler lui-même.»

Il est vrai que si l'alliance du centre droit a bien fonctionné dimanche passé, la donne va changer le 26 novembre. L'ascension du radical représente aussi un danger pour Georges Godel. Dès lors, la famille PDC pourrait bien massivement biffer cet encombrant coéquipier.