Le PS veut le retour à un cours plancher

Franc fort A huit mois des élections, la gauche s’attaque aux «mesures ultralibérales» du PLR

Sans grande surprise, un mois après la décision de la Banque nationale d’abandonner le cours plancher de 1,20 franc pour un euro, le Parti socialiste suisse emboîte le pas aux syndicats. Ses propositions, qui constitueront une des résolutions à son congrès de Martigny, samedi, reprennent pour l’essentiel celles présentées par l’Union syndicale suisse (USS), la semaine dernière.

Quatre exigences prioritaires: retour à un cours plancher, mais de 1,15 franc pour un euro, répercussion des gains de change en faveur des consommateurs, opposition à toute mesure, comme baisses de salaires ou allongement des horaires, au détriment des travailleurs et redistribution des bénéfices de la BNS en faveur de l’assurance chômage et de la formation professionnelle.

C’est que, comme en automne 2011, les effets du franc fort sur les exportations et l’emploi pourraient bien fortement marquer les élections fédérales d’octobre. Il s’agit dès lors, pour les partis, de ne pas rester en marge et de se profiler dans le débat. Fin janvier, le Parti libéral-radical avait imaginé dans l’urgence un programme en 18 points, pêle-mêle de déréglementation, de renoncement à de nouvelles taxes ou de suppression d’impôts, voire d’assouplissement du marché du travail.

Un programme qui a fait bondir le président du PS, Christian Levrat. Au point qu’il lui a consacré la totalité de ses propos introductifs à la conférence de presse destinée à présenter les quatre propositions de son propre parti. Le président du PS se défend d’avoir voulu désigner la formation qui sera son principal adversaire dans la campagne électorale de 2015. Même s’il conforte l’impression que, sur les questions de politique monétaire et économique, le bras de fer se déroulera entre PLR et PS.

Dans la lignée de Margaret Thatcher

Il s’agissait, pour Christian Levrat, de démonter un programme «sans vrai contenu ni lien ou effet prévisible sur la lutte contre les conséquences du franc fort». Un programme qui, 35 ans après l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, respirerait «le catéchisme ultralibéral» et menacerait les acquis sociaux.

Les dirigeants du PS eux-mêmes peinent à expliquer comment la BNS pourrait convaincre de sa capacité à maintenir un taux plancher à 1,15, après son échec face à la spéculation. Car, reconnaît Suzanne Leutenegger-Ober­holzer, l’efficacité de l’action de la BNS repose pour une bonne part sur la psychologie des marchés. Mais la députée de Bâle-Campagne mise aussi sur d’autres instruments, à disposition cette fois des politiques: contrôle des changes, taxes sur les investissements spéculatifs, etc.

Autres mesures envisageables, selon Jean Christophe Schwaab, un renforcement de la Lex Koller pour limiter les investissements étrangers dans des fonds immobiliers. Ou la création d’un fonds souverain à partir des quelque 500 milliards de francs d’obligations étrangères pour prendre des positions stratégiques dans des sociétés hors de Suisse, actives dans les nouvelles technologies, la finance ou la santé. Mais l’idée ne passe pas sans autre au sein même du PS.