Avec PubliCar, le service public trouve sa touche personnelle

En complément aux lignes régulières, PubliCar propose des minibus que chacun peut solliciter, par téléphone et pour une surtaxe de 3 francs

Gisèle Fridez a 72 ans. Institutrice retraitée, elle s'est établie avec son mari (décédé depuis) il y a 14 ans à Damvant, aux confins occidentaux de l'Ajoie, à un saut de puce de la France. «Je ne conduis pas», dit-elle, ce qui ne l'empêche pas de beaucoup se balader. Chaque vendredi après-midi, depuis sept ans, elle se rend au Foyer de Saint-Ursanne visiter ses pensionnaires âgés. De Porrentruy à Saint-Ursanne, elle prend le train; de Damvant à Porrentruy, le PubliCar, un minibus qu'elle a commandé par téléphone et qui viendra la prendre devant chez elle et l'emmènera à l'endroit qu'elle souhaite. «C'est un service public à la carte, personnalisé et à domicile», sourit Monique Bacon du call center de PubliCar, installé dans les bureaux de la centrale des cars postaux de la région Jura, Jura bernois et Neuchâtel, au-dessus de la Poste principale de Delémont. Dans la verte campagne d'Ajoie, PubliCar transporte en moyenne 1700 personnes par mois, en complément à l'offre classique des bus.

Pierre-Alain Keller est chauffeur de car depuis dix ans. D'abord affecté aux excursions, il conduit depuis quatre ans les bus postaux en Ajoie. Une semaine sur quatre, il pilote l'un des minibus PubliCar.

Le tableau du jour

Il a pris son service ce vendredi à 5 h 30. Le petit écran installé sur le tableau de bord du véhicule, qui peut accueillir six passagers, lui indique d'emmener un jeune homme de Bure à Porrentruy, puis un autre de Porrentruy à Lucelle. Au retour, il conduira une dame sur son lieu de travail à Courgenay et embarquera, en chemin, à Charmoille, deux jeunes filles qui prennent le train à Porrentruy.

A 11 h 35, Pierre-Alain Keller reçoit, via le boîtier électronique du bus, la mission d'emmener Peter de la gare de Porrentruy aux grottes de Réclère. «Je suis cristallier et je viens de Göschenen», explique le client qui a réservé PubliCar la veille pour parcourir les 17 derniers kilomètres de son trajet.

A 12 h 45, Pierre-Alain Keller va chercher deux écoliers à Damphreux, Luca et Josua, 13 et 16 ans. Ils sont rentrés déjeuner chez eux à midi en empruntant le bus régulier. Mais leurs cours reprennent à 13 heures, et le car postal ne revient à Porrentruy qu'à 13 h 18.

Le minibus retourne ensuite en Haute-Ajoie, à Damvant, où l'attend une fidèle cliente, Gisèle Fridez. «J'utilise PubliCar depuis ses débuts en 1997», dit-elle, ravie, même si elle regrette le temps où huit courses quotidiennes étaient à l'horaire entre Damvant et Porrentruy. Elle apprécie la formule PubliCar, «conviviale, où les chauffeurs aident les clients à monter dans le bus et portent les sacs à commissions des vieilles dames». Sitôt Gisèle Fridez dans le bus, Pierre-Alain Keller est appelé par la centrale de coordination à Delémont. Un élève de 14 ans, Benjamin, doit être emmené de Fahy à Porrentruy. Le bus fait alors un crochet dans son parcours, sans toutefois compromettre la correspondance de Gisèle Fridez, qui doit prendre le train à 14 h 21 à Porrentruy.

Ce vendredi fut une journée ordinaire pour Pierre-Alain Keller. Qui avoue préférer conduire un grand car articulé, mais trouve du plaisir à piloter le taxi-brousse à travers l'Ajoie.

Deux chauffeurs, un logiciel

Pionnière de l'organisation PubliCar en 1997 en Ajoie – première région de Suisse à avoir adopté ce système –, Monique Bacon travaille au call center de Delémont. L'informatique a remplacé le système de réservation manuel. A chaque appel, un logiciel insère la demande dans les circuits qu'effectuent les deux chauffeurs qui roulent en permanence en Ajoie, sept jours sur sept, de 6 à 20 heures. Plus le vendredi et le samedi soir, de 23 h 15 à 3 heures du matin.

Les téléphonistes bilingues prennent les réservations de sept des 32 régions PubliCar de Suisse: Ajoie, Delémont, Moutier, La Courtine, La Brévine, Genève et Sursee. Avec, pour chaque région, des spécificités.

Parfaitement à l'aise derrière son écran, Monique Bacon dit avoir aussi un rôle social. Une grande partie des clients qui s'adressent à PubliCar sont des personnes âgées. Elle se décarcasse alors pour leur trouver la meilleure formule de transport de leur domicile à la destination souhaitée. «C'est du service public personnalisé.»

Une clientèle fidèle

Le système fonctionne avec une remarquable efficacité. «Dans la région de Porrentruy (ndlr: 24 000 habitants), nous avons une clientèle régulière de 1100 personnes et PubliCar transporte 1700 clients par mois», reprend Monique Bacon. «Les clients réservent de plusieurs manières: il y a des ordres permanents, chaque jour ou chaque semaine; des demandes spécifiques faites un ou plusieurs jours à l'avance; et des appels en dernière minute. Tout est pris en compte, mais les premiers appelants sont les premiers servis. Les clients sont informés que leur trajet peut comprendre des crochets.» «Souvent, avec un peu de souplesse et de patience, la requête de chaque client est réalisée. Il nous arrive de rejeter des demandes, dit la téléphoniste. Pour cause de bus suroccupés. Par exemple, le matin entre 9 et 12 heures. Mais nous proposons toujours une alternative: soit de modifier l'heure du déplacement ou de se rabattre sur les bus réguliers.»

Le tout est expliqué avec beaucoup d'entregent. «Il y a malgré tout des mécontents. Qui nous confondent avec un service de taxis.» Ce que PubliCar n'est pas, ne serait-ce que par les tarifs pratiqués, identiques à ceux des transports publics classiques. Seule différence: une surtaxe de 3 francs chaque fois qu'un client monte dans le minibus.

Le poids des subventions

Les tâtonnements de PubliCar remontent déjà à 1995, avec des essais pilotes à Oron et à Frauenfeld. «J'ai compris que c'était fait pour Porrentruy et sa région, où existent sept lignes régulières», explique André Burri, patron de Car postal Jura, Jura bernois et Neuchâtel. «Nous souffrions du syndrome, celui des bus vides, l'après-midi ou le week-end, lorsque les écoliers ne sont pas là pour faire le plein. J'ai osé remplacer, dans ces créneaux faibles, les sept grands cars par deux minibus. Avec des économies immédiates: cinq chauffeurs en moins et des véhicules qui consomment 10 litres d'essence pour 100 kilomètres, contre 39 aux grands cars.»

Mais pas seulement. «Les lignes maintenues sont désormais pleines. Il y a parfaite complémentarité entre les cars réguliers et les courses sur demande et à la carte de PubliCar», se réjouit le directeur.

En sept ans, le système a fait ses preuves. Sa souplesse est son atout premier: un sondage donne 83% de clients satisfaits. «Le système du taxi-brousse moderne est idéal pour une région périphérique», se réjouit André Burri.

PubliCar a toutefois un talon d'Achille: sa rentabilité. «Oui, mais la rentabilité des lignes horaires est désormais bonne», corrige le directeur. Reste qu'un minibus PubliCar ne transporte à la fois que 1,9 client en moyenne, avec, en plus de pendulaires et d'écoliers, une cliente type: la femme de plus de 55 ans. On est loin du seuil de couverture qui fait qu'une ligne est jugée «rentable», lorsqu'elle couvre ses coûts à hauteur de 20%, les pouvoirs publics finançant le reste (dans le Jura, le déficit est pris en charge à raison de 92% par la Confédération et de 8% par le canton).

Dès lors, PubliCar est menacé par les projets de réduction des subventions fédérales. «La suppression de PubliCar Ajoie serait une catastrophe, avertit André Burri, car on s'attaque à la clientèle la plus vulnérable, la moins mobile et la plus défavorisée.» Et de faire remarquer que le canton dépense moins aujourd'hui qu'il y a dix ans pour ses transports publics, qu'il encaisse l'argent de la RPLP et que, s'il doit couper, «il devrait s'assurer que certaines lignes de train sont bien nécessaires». Et de conclure: «PubliCar a certes un coût, mais le système fonctionne et remplit un rôle social important dans une région périphérique.»

http://www.carpostal.ch

No d'appel gratuit de PubliCar: 0800 55 3000.

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