A une courte majorité, le Conseil des Etats a refusé ce mercredi matin d’autoriser la publicité pour l’alcool – bière et vin – sur les chaînes de télévisions helvétiques, privées ou publiques. Cette décision, prise à 22 voix contre 19, avec pour toile de fond la prévention de l’alcoolisme et la consommation excessive d’alcool chez les jeunes, place le Conseil fédéral dans l’embarras face à l’Union européenne. Le National reprendra le débat lors de la session d’été, dans une ambiance certainement plus houleuse.

La discussion porte sur le programme d’aide au cinéma de l’UE «Media», dont la Suisse est membre, qui offre des soutiens financiers à la production et la distribution de films en Europe. Pour prolonger sa participation, la Suisse doit reprendre dans la foulée une directive qui autorise la publicité pour l’alcool à la télévision dans la mesure où elle est autorisée dans le pays d’origine. Au reste, en Suisse, les médias privés régionaux ont le droit de diffuser de telles publicités.

C’est la raison pour laquelle le Conseil fédéral proposait d’étendre la libéralisation à tous les diffuseurs. Manière de se donner une posture plus confortable pour négocier autour de «Media», tout en relativisant la portée symbolique de la mesure: devant les sénateurs, Pascal Couchepin a évoqué le fait que la présence de telles réclames sur les chaînes de SSR serait certainement faible, «à cause du coût», pour les petits producteurs de vin, par exemple. Il a aussi mentionné une «limitation dans le temps», misant sur le fait que la tendance générale est à l’interdiction de telles publicités: l’UE y viendra aussi, «et la Suisse n’aura alors aucune peine à reprendre les nouvelles directives».

Mais il faut penser au «thème récurrent de la consommation excessive chez les jeunes», réplique Verena Diener (Verts libéraux/ZH). Et au «signal donné aux adolescents, qui ont besoin de limites», renchérit Ivo Bischofberger (PDC/AI). L’interdiction totale a en outre le mérite d’être «non-discriminatoire», plaide Liliane Maury Pasquier (PS/GE). Relayé par Hans Hess (PLR/OW) l’argument économique – l’argent de la pub ira vers les stations étrangères plutôt que rester au pays – n’a pas convaincu les sénateurs, qui ont suivi la majorité de leur commission. Le PDC a toutefois affiché sa division, puisque le principal défenseur de l’option du Conseil fédéral n’était autre que Filippo Lombardi (PDC/TI), au nom de la cohérence de la démarche: ou bien l’on interdit la publicité pour l’alcool «partout où vont les jeunes», y compris les affiches ou le sponsoring des stades, ou on la tolère aussi sur les chaînes de TV.

Si le National confirme ce refus, le Conseil fédéral devra revenir devant les instances européennes avec une demande de conciliation, en invoquant un intérêt public national. La décision des Etats s’appliquerait en effet «par principe» aussi aux diffuseurs étrangers reçus en Suisse, selon la commission des Etats, ce que l’UE refuse.