égalité

La publicité sexiste bientôt bannie de l’espace public vaudois?

La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro veut élargir la loi sur les procédés de réclame aux contenus dégradant l’image de la femme. Une commission statuera sur les cas litigieux

Une femme dénudée, allongée sur le sol au milieu d’hommes bodybuildés: ce genre de publicités, le canton de Vaud n’en veut plus. La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro a présenté lundi un projet visant à interdire les contenus portant atteinte à l’égalité ou à la dignité dans l’espace public. Elle souhaite élargir la loi sur les procédés de réclame, jusqu’ici cantonnée à l’alcool et à la cigarette, en s’inspirant de Bâle-Ville, seul canton à avoir légiféré en ce sens.

«Les affiches sexistes imposent aux citoyens une vision dégradée de la femme et normalisent les clichés, déplore la magistrate PLR chargée du Département du territoire et de l’environnement. De telles représentations sont incompatibles avec nos valeurs démocratiques.»

Autorégulation

Il ne s’agit cependant pas de censure, mais d’autorégulation. En cas de doute, les communes, compétentes en matière d’affichage, mais aussi les particuliers ou les associations pourront saisir la Commission consultative sur les procédés de réclame, qui se prononcera en concertation avec le Bureau de l’égalité. Pour délimiter ce qui est tolérable ou non, le gouvernement se base sur la définition de la commission suisse pour la loyauté. Celle-ci cible toute publicité dans laquelle: des hommes ou des femmes sont affublés de stéréotypes sexuels; est représentée une forme de soumission ou de domination; les enfants ou les adolescents ne sont pas respectés; il n’existe pas de lien naturel entre le mannequin et le produit vanté; la personne sert d’aguiche; la sexualité est traitée de manière inconvenante. Le Grand Conseil devrait s’emparer du projet à la rentrée pour un débat début 2019.

La mesure va-t-elle pour autant être efficace? «Un cadre légal renforcé favorise l’autocontrôle, répond Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour que les affiches coloniales ou racistes finissent par disparaître, il a bien fallu un premier pas.» 

Prise de conscience

Dans un contexte de prise de conscience collective des questions féministes, après l’affaire Harvey Weinstein et le mouvement #MeToo, Jacqueline de Quattro mise sur un effet boule de neige. «On constate que certaines publicités ne passent plus. Les entreprises prennent conscience de leur responsabilité sociale. Il y a par exemple moins de femmes en bikini au Salon de l’auto et Breitling a décidé de ne plus utiliser d’images sexistes.» Impossible, toutefois, d’estimer le manque à gagner engendré par la future loi.

«Un pas dans la bonne direction»

Chez les Verts, la députée Léonore Porchet, très impliquée dans les thématiques d’égalité, salue un «pas dans la bonne direction». «Le message délivré aux communes est clair: les quelque 3700 surfaces d’affichage du canton ne sont pas prévues pour mettre en scène la femme, souligne-t-elle. Nous veillerons à l’application stricte de la loi.»

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