La petite et périphérique Pully est la première «smartcity» de Suisse. Et elle était l’invitée, en mai dernier, de l’assemblée générale de l’innovation européenne, dans le cadre du partenariat «villes et communautés intelligentes», pour présenter son projet lancé il y a une année. Pully s’est affranchie des seuls comptages de véhicules qui avaient lieu tous les cinq ans pour évaluer son trafic. Elle a opté pour l’utilisation des données de la téléphonie mobile en partenariat avec Swisscom.

Montreux et Fribourg n’ont pas tardé à la rejoindre dans cette recherche pionnière qui devrait aboutir à la création d’indicateurs de trafic fiables et utilisables dans toutes les villes suisses qui le souhaitent. A Pully, la municipalité a choisi de s’atteler à un projet circonscrit, précis et concret. Il consiste à évaluer l’attractivité de la rue centrale, la rue de la Poste, en utilisant les données de la téléphonie mobile.

Deux milliards de connexions par jour

Chaque fois que vous faites un coup de fil, envoyez un message ou que votre application relève vos e-mails, votre téléphone se connecte à l’antenne relais la plus proche. En récupérant les informations de ses antennes, Swisscom est en mesure de savoir combien de téléphones s’y sont connectés et de tracer les trajets effectués par les personnes qui sont passées par la rue de la Poste.

«Cela n’aurait pas été possible il y a cinq ans parce que les gens n’utilisaient pas leurs téléphones assez souvent pour que nous collections des données pertinentes sur le trafic», explique Raphaël Rollier, chef du projet «smartcity» chez Swisscom. «Mais depuis la 4G, et la possibilité d’utiliser des données, nos clients utilisent leur téléphone tout le temps. Chaque jour, nos antennes enregistrent quelque 20 milliards de connexions. Sur notre réseau, le trafic de données double chaque année.»

Des données qui appartiennent à l’opérateur, même si elles sont émises par un téléphone dont vous payez l’abonnement et qu’elles parlent de vos déplacements. Ces nouveaux indicateurs coûtent 50’000 francs par année à Pully. Swisscom travaille aussi sur un projet de monitoring en temps réel des bouchons autoroutiers pour le compte de l’Office fédéral des routes (OFROU). «Cela permettra d’intervenir immédiatement en déviant le trafic ou en réduisant la limitation de vitesse», explique Raphaël Rollier. Il affirme n’avoir, pour l’instant, pas le projet de collaborer avec des entreprises privées pour exploiter nos données mobiles.

Ces informations sont stockées pendant six mois dans les «datacenters» de Swisscom avant d’être détruites. Pour répondre à la question de la municipalité de Pully, Swisscom transforme ces milliards d’informations en graphiques statistiques. Ainsi, Pully a appris, sur la base des données relevées entre le 1er avril et la fin août et des études de comptage manuel, qu’il y a chaque jour quelque 9000 personnes qui empruntent sa rue centrale.

Dans deux tiers des cas, il s’agit de transit et elles ne s’arrêtent pas. Septante-cinq à 80% d’entre elles viennent de l’est lausannois et le plus probable est qu’elles se déplacent en voiture. «Il s’agit donc principalement de trafic local qui pourrait être reporté sur les transports publics moyennant une offre adaptée», explique Marc Zolliker, conseiller municipal en charge de la direction des travaux et des services industriels de Pully.

Différencier les modes de transport

La première étape du projet consistait à cibler les indicateurs utiles pour les urbanistes et à créer une plateforme et des graphiques adaptés. Au cours des mois qui viennent, l’EPFL se joindra au projet pour créer un algorithme permettant de calculer la vitesse de déplacement des utilisateurs de téléphone afin de déterminer le moyen de transport utilisé.

«Pour l’instant, nous sommes uniquement capables de déterminer quand les personnes descendent d’un train parce que nous avons de nombreuses connexions au même moment», explique Raphaël Rollier. «L’information du mode de transport nous permettra de mieux connaître la cohabitation entre piétons, cyclistes, voitures et usagers des transports publics», dit Marc Zolliker. Enfin, il s’agira de rendre ces données publiques pour favoriser le débat et les démarches participatives concernant l’aménagement futur de la rue.

«Comme un film»

Les études traditionnelles donnaient déjà de nombreuses informations sur le trafic. Ce qui est nouveau avec les données de la téléphonie, c’est la capacité d’avoir des informations en continu, jour et nuit, pendant des mois. «C’est comme être capable de regarder un film alors que jusque-là nous n’avions que des photos», explique Raphaël Rollier. Cela permet de déceler des différences saisonnières, de connaître l’origine et la destination finale des véhicules, de percevoir l’évolution du trafic en fonction des mesures qui sont prises.

«Nous allons continuer de récolter ces indicateurs au cours des cinq à sept années qui viennent», explique Alexandre Bosshard, coordinateur du projet auprès de la commune de Pully. Cela permettra d’évaluer l’impact des aménagements urbains.