La nouvelle a secoué la place de Genève. Les banquiers retournent rarement les appels. Il y a ceux qui craignent que le nom de leur établissement ne soit associé au drame. Et ceux qui ont fait vœu de discrétion envers cet «ancien client», «ami» ou «relation d'affaires».

Affaires personnelles

Des affaires, Edouard Stern en avait de très personnelles, à Genève. Le décès du banquier controversé pose cette question vénale: qu'adviendra-t-il de sa société Investment Real Returns, la filiale genevoise de IRR Capital, qui gérait entre autres la fortune familiale? Le financier français avait créé ce fonds d'investissement en avril 1997, dans le sillage de son éviction de la banque Lazard Frères. «La question de l'héritage est prématurée», juge Robert Pennone. Le président de la banque Bénédict Hentsch & Cie n'en dira pas plus: «C'étaient des clients.» Robert Pennone a siégé au conseil d'administration d'IRR entre 1999 et 2002. Il se souvient d'Edouard Stern comme un «financier extrêmement brillant, mais avec un caractère bien à lui, très… indépendant».

Contactée jeudi à Genève, la société IRR reste laconique: «Nous vous rappellerons en temps voulu. Nous pourrions donner une conférence de presse, mais aucune date n'est encore fixée», lance l'interlocutrice.

Ceinture de silence

Une ceinture de silence entoure donc les affaires genevoises d'Edouard Stern, qui avait installé sa société rue de Villereuse, dans les bureaux rachetés par Dombes SA, créée en janvier 2000. Cette adresse se situe à deux pas du domicile du banquier, rue Adrien-Lachenal, où son corps a été retrouvé mardi.

L'associé-gérant déchu de Lazard contrôlait une fortune considérable, qui le classait dans le premier quart des 400 plus riches de France. Il avait empoché un trésor familial de 300 millions d'euros lorsqu'il avait vendu, en 1988, la banque Stern à l'ancienne Société de Banque Suisse. En outre, marié à la fille de Michel David-Weill, président de Lazard, il s'est uni à l'un des plus cossus patrimoines de France. «On ignore, toutefois, quelles relations il a gardé avec Michel David-Weill depuis leur rupture en 1997», estime une connaissance.

Le beau-père n'a toutefois pas lâché son indomptable gendre sans assurer la continuité du lien financier. A la genèse d'IRR, Edouard Stern avait bénéficié d'une généreuse contribution de Lazard. Eurafrance et Gaz et Eaux, les deux holdings cotées de Lazard, avaient contribué à la moitié du capital, tandis qu'Edouard Stern et un groupe d'investisseurs allouaient le reste. En avril 2001, Eurafrance et Gaz et Eaux ont fusionné pour former Eurazeo, toujours actionnaire d'IRR à 50%, sous la présidence de Michel David-Weill jusqu'en 2008.

Le «family office» genevois d'Edouard Stern faisait partie des activités globales d'investissement de IRR Capital, basées à Paris, à New York et au Brésil. Les montants gérés globalement sont estimés à plus de 600 millions de dollars.