Environnement

La qualité des eaux souterraines en Suisse est «de plus en plus sous pression»

Dans certaines zones, notamment sur le plateau, les eaux présentent des taux trop élevés de nitrates et de résidus de produits phytosanitaires, indique un rapport publié jeudi par l’Office fédéral de l’environnement

Le dernier rapport sur la qualité des eaux souterraines en Suisse attire l’attention: 15 à 20% des stations de mesure présentent des niveaux de nitrates supérieurs aux valeurs limites. L’eau potable n’est pas en danger, mais elle est «de plus en plus sous pression».

Les eaux souterraines, qui fournissent 80% de l’eau potable consommée en Suisse, sont une ressource indigène de première importance. Or en 2014, des concentrations supérieures à 25 mg/l ont été relevées dans près de 15% des stations, 25 mg/l étant la valeur limite fixée dans l’ordonnance sur la protection des eaux (OEaux), a expliqué Roland Kozel, chef de la division hydrologie à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) lors d’une conférence de presse jeudi à Berne,

Des substances provenant de l’agriculture

Dans les zones de grandes cultures, cette valeur a été dépassée à 40% des stations. Une concentration supérieure à 40 mg/l, la valeur limite fixée dans la législation sur les denrées alimentaires pour l’eau potable, a même été détectée dans 2% des stations. Les zones les plus touchées sont situées dans les grandes exploitations agricoles du Plateau. Ce document se base sur des données récoltées entre 2007 et 2014 par les 600 stations de mesure du Réseau national d’observation des eaux souterraines (NAQUA).

Les concentrations de nitrates sont un indicateur important des répercussions de l’agriculture sur les eaux souterraines. Les principales sources de cette pollution sont les engrais de ferme et les engrais minéraux.

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Les pesticides constituent également un problème. Des résidus de produits phytosanitaires ont été détectés dans les eaux souterraines par plus de la moitié des stations de mesure, indique l’OFEV.

En 2014, les substances actives de ces produits ont dépassé la valeur limite de 0,1 microgramme par litre (μg/l) à 2% des stations. On trouve encore dans les eaux souterraines des résidus d’atrazine, un herbicide pourtant interdit en Suisse depuis plus de dix ans.

Des concentrations élevées de substances issues de leur dégradation, appelées métabolites, ont aussi été largement détectées, surtout sur le Plateau. Dans quelque 20% des stations de mesure, les concentrations étaient supérieures à 0,1 μg/l, la valeur limite fixée pour certains métabolites.

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Un nouveau polluant a été découvert

L’OFEV vient encore de découvrir un nouveau polluant dans les eaux suisses. Depuis 2017, divers métabolites du chlorothalonil, un fongicide, ont été détectés dans les eaux souterraines, notamment du Plateau, a souligné Roland Kozel. Or la limite de 1 μg/l pour l’eau potable fixée en juin dernier par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires est dépassée dans quelques cas.

Les cantons et les services des eaux vont ainsi devoir prendre des mesures. Parmi elles, l’OFEV préconise le mélange avec de l’eau non polluée ou de renoncer au captage, car il n’existe pas de méthode plus ciblée.

L’accent doit être mis sur la détection des micropolluants

Des concentrations dépassant la valeur limite fixée dans l’OEaux sont aussi relevées pour les hydrocarbures halogénés volatils (HHV), une substance que l’on trouve dans les bombes aérosol ou les installations de réfrigérations. En 2014, c’était le cas à 4% des stations de mesure. Cette pollution provient de sites contaminés tels que des anciennes usines ou des décharges. Des micropolluants provenant des eaux usées ont également été détectés.

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«Nous devrons mettre l’accent à l’avenir sur la détection des micropolluants, mais aussi des microplastiques» a relevé Karine Siegwart, sous-directrice de l’OFEV. Elle plaide aussi pour des études plus fréquentes, la dernière datant de 2009, et mieux unifiées.

Pas d’inquiétude sur le volume d’eau à disposition

18 milliards de m3: c’est le volume d’eaux souterraines que la Suisse pourrait, en théorie, exploiter chaque année durablement, c’est-à-dire sans provoquer d’abaissement persistant du niveau de ces eaux ni d’autres atteintes à l’environnement. Cela correspond à plus de dix fois les besoins actuels.

Mais dans de nombreux endroits, l’agriculture, l’industrie et les villes occupent toute la place. «C’est presque impossible de trouver un endroit où l’on pourrait creuser sur le Plateau, en raison de la densité de l’occupation du territoire», a dit Stephan Müller, chef de la division des eaux à l’OFEV.

Pour l’heure, l’OFEV ne montre pas particulièrement inquiet sur le volume d’eau à disposition, même avec le changement climatique. Des pénuries d’eau pourront toutefois survenir localement, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.

«Nous livrons les données. C’est maintenant aux cantons et aux politiques d’agir», a dit la vice-directrice de l’OFEV, rappelant la bonne collaboration de l’OFEV avec les cantons, qui sont «les maîtres de l’eau» en Suisse. Le secteur agricole est aussi particulièrement appelé à agir.

Une prochaine étude présentera l’an prochain des scénarios hydrologiques pour la Suisse. «Nous avons beaucoup de données, mais ce qui nous manque, c’est la répartition de l’utilisation de l’eau entre les clients privés, l’agriculture ou l’industrie», a relevé Karine Siegwart.

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