L'initiative Denner sur les médicaments met-elle vraiment en danger la sécurité des patients comme le clame une bonne partie du parlement? Un groupe de socialistes soupçonne que l'alarmisme ambiant cache en fait la volonté de préserver la rente de situation dont bénéficie l'industrie pharmaceutique. Une idée que conforte le fait que l'UDC et le PRD, qui viennent pourtant d'adopter des papiers de position réclamant davantage de marché dans la santé, s'opposent massivement à ce texte. Le comité en question, qui se veut indépendant des initiants, gravite autour de l'économiste Rudolf Strahm, de la pasionaria des consommateurs Simonetta Sommaruga, de l'ex-secrétaire général Jean-François Steiert et de l'ancien président Peter Bodenmann. On y trouve aussi un quatuor romand (Pierre Chiffelle, Michel Béguelin, Liliane Chappuis, Marlyse Dormond). A leurs yeux, le texte est le seul moyen d'obtenir une réforme substantielle en l'absence de volonté politique au parlement. L'ouverture timide aux importations parallèles adoptée par les Chambres et la possibilité pour le pharmacien de vendre un générique au lieu de l'original ne vont pas changer la donne. Le nouveau système de rémunération des pharmaciens ne fera qu'amoindrir l'incitation à vendre les produits chers. Pas grand-chose n'est entrepris non plus pour mettre fin aux pratiques de l'industrie pharmaceutique visant à empêcher artificiellement l'émergence de génériques. Ni pour remédier aux connivences entre producteurs de médicaments et corps médical. Le prix élevé des médicaments en Suisse et la faible proportion de produits génériques en sont des conséquences directes. Il en coûterait 250 millions de francs aux assurés par an. Le comité est persuadé que l'initiative Denner y remédie sans attenter à la qualité des soins. Les seuls perdants évidents seraient les pharmaciens et l'industrie. Il ne tient qu'au parlement et au Conseil fédéral que le standard de qualité des soins soit maintenu dans les dispositions d'application.