Si le terme «carême» a aujourd'hui une odeur de potage plutôt festif, il était autrefois clairement synonyme de pénitence. Contraction du latin quadragesima (quarantième), il désigne la période de 40 jours qui, depuis le mercredi des Cendres, précède Pâques. Quarante étant, dans la Bible, un chiffre symbolique qui désigne la durée nécessaire à la réalisation d'un événement. Il faut ainsi 40 jours et 40 nuits pour que les eaux du Déluge recouvrent la terre, le séjour de Moïse sur le Sinaï dure 40 jours, le même laps de temps que le Christ passe dans le désert pour y être tenté par le démon.

La première mention relative au carême date de 325 (Concile de Nicée). A cette époque, il désigne les 40 jours de préparation des catéchumènes (adultes catéchisés) au baptême, et des pénitents – chrétiens exclus provisoirement de la communauté pour avoir gravement péché – à la conversion. Rapidement, l'Eglise associera à cette démarche de préparation vers Pâques l'ensemble des fidèles.

Le carême primitif a un caractère communautaire très intense. Au Moyen Age, on le considère comme la «trêve de Dieu» – période durant laquelle on ferme les tribunaux et les théâtres. On se force aussi à jeûner jusqu'au coucher du soleil, et à participer aux assemblées liturgiques. A la Réforme, les protestants lui tournent le dos. Contrairement aux catholiques, qui, intégrant ce rite de manière formelle dans la pratique de leur religion, le fondent progressivement sur ce triptyque: prière, jeûne, partage.

Temps solennel de pénitence qui rappellera des souvenirs à certains de nos aînés, le carême a vu sa rigueur être de nos jours considérablement adoucie…