«No Billag»

«Quartier des banques», des emplois indirects en série

Les producteurs de la série télévisée nous ont ouvert leurs comptes. Indirectement, l’argent de la redevance a généré du travail pour tout un réseau de professionnels. Les initiants de «No Billag» ne sont pas impressionnés

Se faire ouvrir les comptes d’une série télévisée comme Quartier des banques permet de faire des découvertes étonnantes. Durant les quatre mois de tournage, les déplacements de l’équipe ont formé une caravane de 15 voitures et de 4 camions. Dans le budget total de 5,1 millions, le poste de location de places de parc (domaine public, parking et surveillance) se monte à 14 000 francs. La préparation et le tournage ont nécessité 70 000 francs chez divers prestataires pour louer cette flotte (dont 17 000 francs d’essence) et en assurances.

Dans la campagne «No Billag» visant à supprimer la redevance qui finance le service public audiovisuel, ces chiffres prennent un sens particulier. C’est que la SSR est aussi un acteur économique. C’est pour le déterminer que l’Office fédéral de la communication avait commandé un rapport à un institut d’études économiques basé à Bâle, Bak. Publiée en septembre 2016, cette «analyse d’impact macroéconomique» permet de voir comment un réseau de professionnels profite indirectement de l’argent de la redevance.

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13 500 emplois créés par la redevance

Le fameux chiffre de 13 500 emplois créés dans toute la Suisse par la redevance est issu de ce rapport: «Pour chaque franc de valeur ajoutée qui est généré directement par l’activité de production des médias de service public, ce sont 90 centimes supplémentaires de valeur ajoutée qui sont dégagés dans d’autres entreprises.» Selon les auteurs de l’étude, chaque emploi à la SSR ainsi que dans les autres médias au bénéfice d’une concession (6756) en crée un dans d’autres entreprises en Suisse (6692).

Pour comprendre ce processus, la société de production Point Prod, à Genève, nous a ouvert les comptes de Quartier des banques. Cette série de six épisodes, diffusée sur la RTS en novembre 2017, a réuni 1 790 999 téléspectateurs (y compris rattrapage + 7 jours), pour une part de marché de 28,5%, selon les chiffres fournis par la chaîne.

Un budget en dessous de la norme française

Quartier des banques est une coproduction à laquelle la RTS a participé à hauteur de 3,6 millions de francs. Le coproducteur belge a investi 700 000 francs, avec la participation de la RTBF, de Wallimage et du Tax Shelter (crédit d’impôt). Le reste du budget de 5,1 millions est assuré par Cinéforom (Fondation Romande pour l’audiovisuel), le Téléfonds (contrat de prêt), Teleclub (chaîne privée), une participation en prestation de la Ville de Genève, plusieurs sponsors et Point Prod. Projet ambitieux, Quartier des banques a nécessité «un gros budget», mais bien moins que les normes françaises ou scandinaves, par exemple, résume Jean-Marc Fröhle, son producteur.

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Hors comédiens (100 rôles et 600 figurants), la série a employé 103 personnes. Les salaires représentent le gros du budget: 2343 000 francs, versés en Suisse, à des professionnels indépendants. La liste est longue. Scénaristes, chef opérateur, électricien, accessoiriste, monteur, déménageur, traducteur, etc. Douze morceaux de rap ont été commandés en Suisse romande pour illustrer la série. Il a fallu financer la création de ces morceaux et payer les droits d’auteur. «Les télévisions privées en Suisse ne les paient que très peu voire pas du tout», glisse Jean-Marc Fröhle.

«Il est important de garder ce vivier d’indépendants en Suisse romande, dit le producteur. Le pôle zurichois est bien plus développé. Si l’initiative devait passer, dans un premier temps, l’activité se déplacerait vers Zurich»

Jean-Marc Fröhle, producteur

A ces salaires s’ajoute l’achat de biens dans des commerces locaux. Les frais de construction et de peinture des décors se montent par exemple à 70 000 francs, les costumes à 40 000 francs.

Enfin, la production a loué du matériel à des professionnels spécialisés: l’image (114 000 francs), l’éclairage (90 000 francs), le son (30 000 francs), la machinerie (40 000 francs), le montage (57 000 francs), le mixage du son (80 000 francs), le traitement image final, les effets spéciaux et le graphisme (98 000 francs).

«Il est important de garder ce vivier d’indépendants en Suisse romande, dit le producteur. Le pôle zurichois est bien plus développé. Si l’initiative devait passer, dans un premier temps, l’activité se déplacerait vers Zurich. Puis de grands groupes français ou anglais mettront la main dessus. Il n’y aura plus de fiction d’ici. On ne racontera plus nos histoires. Ni les télévisions privées ni Netflix ne financeront la fiction romande.»

Initiants pas convaincus

Un argument qui n’émeut pas Louise Morand, représentante des initiants à Genève: «Cette concurrence française existe déjà, dans les différents secteurs, pourtant le marché de l’emploi est bien plus dynamique dans notre pays.»

Pour elle, l’étude bâloise confirme le bien-fondé du texte qu’elle défend: «L’étude dit simplement que l’argent versé à la SSR ne disparaît pas et qu’il est redistribué dans l’économie. Mais les chiffres qui y figurent n’ont rien d’exceptionnel. Pour rappel, l’industrie pharmaceutique génère trois emplois pour un emploi. Chaque franc investi dans l’industrie spatiale en Suisse en rapporte deux. Le système de redevance, en octroyant une rente à la SSR, n’est donc visiblement pas une garantie d’utilisation efficiente et maximale des ressources.»

Dossier
La controverse «No Billag»

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