Le Temps: Vous avez remis au gouvernement genevois un Masterplan très ambitieux...

Bertram Ernst: En préambule, il est important de préciser qu'il ne s'agit pas d'un plan final. Nous sommes dans un processus évolutif dont nous avons tracé les grandes lignes urbanistiques. C'est un début pas une fin. Ceci dit, il nous a paru d'emblée clair qu'il ne fallait pas toucher aux structures existantes. A l'exception de la place de l'Etoile, où la construction de neuf tours va demander la «destruction» des bâtiments environnants, dont d'ailleurs le siège de la Fondation des terrains industriels. Notre travail s'est basé sur la mixité: emplois-logements, voitures-piétons, bâtiments-espaces verts. Un rééquilibrage important pour redonner vie à cette vaste étendue. Nous avons aussi travaillé sur la connexion avec les quartiers adjacents. Pour éviter de cloisonner ce nouveau quartier qui sera dans les faits composéde trois entités: la Praille, les Acacias et les Vernets.

- Ce quartier va -t-il se construire tel que vous l'avez imaginé?

- Notre Masterplan n'a évidemment aucune contrainte juridique. Mais si le gouvernement genevois a approuvé avec enthousiasme notre projet, ce n'est pas pour en changer la trame en cours de route.

- Combien de temps va durer cet immense chantier?

- Je n'aime pas le terme de «chantier» même si c'est une réalité. C'est un terme péjoratif. Ici, je préfère parler d'évolution. Ce quartier va grandir petit à petit durant une trentaine d'années pour arriver à maturité.

- Pourquoi n'avoir pas proposé un concept plus écologique du type éco-quartier qui se multiplie un peu partout en Europe?

- Il faut parfois se méfier des termes simplificateurs. Notre plan n'est pas estampillé «écologie», ce qui ne veut pas dire qu'il ne l'est pas! A Zurich, il est impossible de construire des bâtiments sur des terrains propriété de l'Etat sans qu'ils soient labélisés «Minergie». Cela coulait de source que le projet se devait de comprendre des composantes écologiques. Et c'est le cas.

- Vous proposez d'ériger une tour de 175 mètres. Une question de prestige?

- Il est important que ce cœur, cette place centrale, soit composé de plusieurs tours. Ce ne sera pas seulement un signe visible par tous, mais un ensemble dense qui donnera une véritable identité.

Une question de prestige? Non. L'important était de densifier et donc de construire en hauteur. Nous voulions un bâtiment plus haut que le Jet d'eau qui culmine à 135 mètres. Définir 175 mètres, ce n'est qu'une intention, une proportion arbitraire. Elle pourrait être légèrement plus petite ou un peu plus grande. Au choix de l'architecte et du constructeur.