Huit mois après leur retour dans le tunnel du Mont-Blanc, où un incendie a provoqué la mort de 39 personnes le 24 mars 1999, les poids lourds peuvent à nouveau se croiser depuis samedi 1er mars dans le tube qui relie la vallée de Chamonix et la Vallée d'Aoste. La décision des ministres fran-

çais et italien des Transports d'abandonner le système de circulation alternée des camions, mis en place pour des raisons de sécurité dans le tunnel où la largeur de la chaussée n'excède pas sept mètres, représente un échec pour les habitants de la vallée de Chamonix.

«C'est un véritable retour à la case départ», regrette Jean-Paul Trichet, qui assure l'intérim de la présidence de l'Association pour le respect du site du Mont-Blanc, depuis que son leader charismatique, le guide Georges Unia, s'est fracturé le bassin après avoir chuté d'une cascade de glace. «En quatre ans, poursuit-il, l'Etat français n'a pas mis en place de calendrier pour le transfert de marchandises de la route sur le rail, malgré notre mobilisation.»

Une manifestation des opposants aux camions aura lieu ce lundi à 15 h de l'après-midi à l'aire de régulation du Fayet à une dizaine de kilomètres du tunnel. Car ce week-end, malgré l'entrée en vigueur de la circulation dans les deux sens, presque aucun camion n'avait le droit de circuler dans la région Rhône-Alpes, en raison du trafic dense classé rouge par Bison Futé.

L'objectif de cette suppression de l'alternat est de réduire le volume du transport de marchandises qui passe par la vallée de la Maurienne et par le tunnel de Fréjus, l'autre point de passage alpin entre la France et l'Italie. A terme, chaque ouvrage devra accueillir au moins 35% du trafic total des poids lourds qui traversent les voies alpines. Actuellement, avec 600 à 700 camions et autocars par jour, la circulation sous le Mont-Blanc ne représente que 10% de celle dans le Fréjus. Avant l'incendie, quelque 2200 camions passaient par le tunnel chaque jour.

Ce sont surtout les habitants de la vallée de la Maurienne et ceux du Piémont qui exigent un partage des nuisances liées au transport international routier. Car pendant toute la durée de la fermeture du tunnel du Mont-Blanc, les transporteurs se sont reportés vers le Fréjus où l'affluence quotidienne frisait les 7000 poids lourds par jour. Malgré la réouverture du tunnel du Mont-Blanc à tous les camions, le 24 juin dernier, peu d'entreprises de transports ont choisi de revenir dans la vallée de Chamonix. En raison de l'habitude prise de passer par le Fréjus, de l'opposition de la population locale et surtout de restrictions draconiennes conditionnant l'entrée dans le tunnel. L'alternat est considéré comme un obstacle pour le passage sous le tunnel, puisqu'un poids lourd pouvait attendre un peu plus d'une heure avant d'entamer sa traversée. En Suisse, ce système avait été mis en place dans le tunnel du Gothard, mais après plusieurs mois de fonctionnement et face à la pression italienne, la circulation dans les deux sens a été réintroduite. En théorie, 240 camions pourraient traverser le tunnel du Mont-Blanc chaque heure, puisque les départs de poids lourds doivent être espacés de trente secondes par sens.

Les Chamoniards ont le blues, «ils ont l'impression que leur mobilisation n'a pas servi», commente Jean-Paul Trichet. Mais le président de l'ARSMB est persuadé qu'un jour, à nouveau «un accident impliquant un camion provoquera un incendie».