Tout doit être prêt pour janvier 2004, date officielle du passage d'Armée 95 à Armée XXI. Aussi le Département fédéral de la défense (DDPS) et l'administration militaire en particulier agissent-ils comme si la réforme était acquise alors que le parlement ne l'a pas encore approuvée, ni le peuple qui sera probablement appelé à voter sur le sujet. Mais défendre c'est prévoir, font observer les militaires.

Nécessité

A ce titre et en l'état de leurs réflexions, les planificateurs de la réforme Armée XXI estiment nécessaire la publication régulière, à quelques années d'intervalle, d'un «livre blanc» sur la défense. Un tel ouvrage aurait un sens politique fort dans la mesure où il indiquerait les orientations à moyen terme, sur une période qui pourrait être égale à quatre ans, selon un cadre du DDPS. Sa rédaction obéirait à une vision stratégique et comprendrait aussi bien des directives sur les missions de l'armée qu'une programmation des armements. Pour autant, le vote annuel du parlement sur le budget de l'armement demeurerait.

L'institutionnalisation d'un livre blanc sur la défense «permettrait de sortir du pragmatisme qui prévaut actuellement sur les questions d'armement, un pragmatisme qui manque de vision stratégique», constate un fonctionnaire du DDPS. «Avec un tel outil, il serait possible d'ajuster dans un temps raisonnable l'instrument de défense à son environnement, poursuit-il, sans attendre la publication tous les quinze ou vingt ans de lignes directrices. Il faut rapprocher les délais. Il faut surtout inverser la tendance qui veut que la dynamique en matière de défense et d'armement soit insufflée du bas vers le haut. Il convient non pas d'imposer une vision stratégique, mais d'en construire une et de la proposer aux politiques.»

Agitation moindre

L'idée, aussi, est qu'avec un «livre blanc», l'agitation politique gauche-droite, qui naît chaque année au moment du débat sur le programme d'armement, serait moins grande, les parlementaires s'étant préalablement accordés sur des orientations militaires pluriannuelles. Les planificateurs du DDPS demandent à pouvoir travailler sur des schémas de moyenne et longue durées, or le régime actuel laisse selon eux la place aux revirements politiques en tout genre. Ils souhaitent ainsi développer le secteur de la planification dite prospective pour en faire un instrument performant pour le long terme.