Ils ont fait preuve d’un enthousiasme ardent pour promouvoir les artisans. Vendredi à Genève, quatre conseillers d’Etat romands sont venus présenter la création de l’Association suisse des métiers d’art (ASMA). A l’invitation du conseiller administratif de la Ville, Sami Kanaan, initiateur du projet, les Vaudois Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis, le Jurassien Martial Courtet et la Genevoise Anne Emery-Torracinta ont entonné une ode passionnée à l’endroit de métiers parfois méconnus. Des métiers qui appartiennent pourtant au patrimoine immatériel du pays, porteurs de traditions séculaires et d’une identité culturelle dévorées par les technologies et un secteur tertiaire gloutons.

Alléger les tâches administratives des entreprises

Devant le succès des Journées des métiers d’art, existant en Suisse romande depuis cinq ans – 15 000 visiteurs cette année – Genève, Vaud, Jura et Neuchâtel ont donc résolu de renforcer la coordination de ces journées en Suisse et de valoriser ces professions au plan national. Comment? «En créant par exemple des réseaux d’entreprises formatrices, en leur délégant des enseignements lorsque les écoles professionnelles font défaut ou en allégeant leurs tâches administratives», explique Anne-Catherine Lyon. Une manière aussi de promouvoir l’apprentissage, avec l’espoir de fédérer les milieux économiques, qui pourraient être partenaires. «Il faut que les jeunes sachent que ces professions existent pour assurer la relève», note Anne Emery-Torracinta. L’association publiera aussi un répertoire des métiers d’art suisses et un annuaire des artisans.

Conserver ces savoir-faire en Suisse

Mais est-ce que les tailleurs de pierre, les maroquiniers ou les restaurateurs d’art, merveilleux vestiges de racines ancestrales, sont encore porteurs d’avenir? «Bien sûr, répond Pascal Broulis. Les grosses sociétés ont une pléthore de sous-traitants. Si on ne veut pas que la Suisse devienne un pays d’assemblage, il faut conserver ces savoir-faire vernaculaires.» D’autant plus que «les artisans sont aussi de véritables entrepreneurs, réunissant les valeurs d’excellence, de conservation du patrimoine mais aussi d’innovation», estime Martial Courtet, bien placé pour le savoir, depuis l’arc jurassien et son horlogerie à haute valeur ajoutée. Des avis partagés par André Beuret, du portail des artisans d’art de Suisse romande: «Les métiers traditionnels, comme découpeur sur papier ou restaurateur d’art, ont intérêt à former une relève. Dans d’autres métiers, comme la bijouterie, soumise aux modes, ou le tournage sur bois, c’est plus difficile, car cela demande d’acquérir sans cesse de nouvelles techniques.»

Si quatre cantons ont déjà uni leurs forces, ils les mettront maintenant à en convaincre d’autres de rejoindre l’Association, de manière à coordonner l’action de tous. Avec une charge financière plus que modeste, 5000 francs par collectivité publique, en plus des dons et des parrainages escomptés, ils ne devraient pas avoir trop de mal à y parvenir. Une facture dérisoire pour revivifier la mémoire de professions que l’époque menace de faire sombrer dans l’oubli.