Quatre coupables pour un assassinat raté

Genève Les juges sont convaincus que le financier voulait jusqu’au bout faire tuer sa femme. Il est condamné à une peine de 11 ans

Le tribunal retient le mobile financier

Devant la justice

Une défense en déroute et une accusation ramenée à de plus justes proportions. Le jugement rendu vendredi par le Tribunal criminel de Genève n’a rien retenu des arguments plaidés en faveur du gérant de fortune qui voulait faire tuer sa riche épouse. Ses comparses kosovars ne s’en sortent pas mieux. Les peines prononcées sont toutefois largement en dessous de celles réclamées par le Ministère public. Le mari trop avide est condamné à 11 ans de prison. Le tueur à gages immense et brutal écope d’une sanction identique. Une peine de 7 ans est infligée aux deux autres acolytes.

La foule des grands jours est venue assister à l’issue de ce procès très disputé. Seule la victime n’était pas présente pour entendre le résumé de l’arrêt. Selon la cour, Nathalie a bien été la cible d’un tueur déterminé ce soir du 19 février 2012, devant sa grande maison de Chêne-Bougeries. Sa vie a été concrètement mise en danger par les coups et les manœuvres d’étranglement. Si elle n’est pas morte, ce n’est pas grâce au colosse, ni aux trois autres prévenus. Le tueur à gages ne s’est pas désisté alors qu’il était en proie à une soudaine poussée de scrupules mais il est parti en croyant avoir achevé le travail. Il est reconnu coupable de tentative d’assassinat sous la forme du délit manqué.

Son cousin Tiki, qui plaidait l’acquittement, est considéré comme le coauteur de ce crime qu’il a organisé et accompagné, de même que Duli, l’entrepreneur et recruteur principal. Instigateur de cette machination criminelle qu’il a mise en route dès 2010, puis relancée avec insistance en 2011, le mari n’a pas convaincu les juges de l’existence d’un contrordre qui n’aurait pas été entendu. L’arrêt souligne que le financier a rencontré Duli peu avant les faits, sur une aire d’autoroute, pour mettre au point l’opération et non pas pour l’annuler. Pour une fois, les téléphones portables étaient rangés.

Pour en finir avec cette théorie du contrordre, les juges soulignent encore que les hommes chargés de la sale besogne connaissaient l’heure d’arrivée de Nathalie et avaient donc été informés par son mari. Le gérant de fortune se trouvait à la maison avec les deux enfants lors de l’agression. Il a entendu un hurlement mais, relève la cour, «il n’a pas appelé la police, il n’a pas appuyé sur le bouton de l’alarme et il n’a pas lâché les chihuahuas alors que ces chiens sont connus pour aboyer». Son comportement n’a pas été celui de quelqu’un qui voudrait faire fuir un intrus.

Aux yeux des juges, le mari a agi «pour un mobile purement financier». Il voulait toucher les assurances vie et les économies de sa femme. La crainte de perdre ses enfants suite au divorce n’est pas un mobile jugé crédible car leur garde n’a jamais posé problème. L’appât du gain est aussi le seul ressort qui a motivé les trois autres prévenus, qui comptaient se partager les 400 000 francs de ce contrat.

Suivant l’avis du procureur et de la partie plaignante, le tribunal n’a accordé aucun crédit aux conclusions des experts psychiatres. Le rapport, et son complément, dépeignent le gérant de fortune comme un grand dépressif dont l’état a très légèrement restreint sa capacité à se contrôler. Le professeur Panteleimon Giannakopoulos et la doctoresse Valérie Thomazic n’ont pas été cités au procès mais la cour estime que «la crédibilité de leur travail est sérieusement ébranlée» et qu’ils se sont écartés «de manière inadmissible» des autres éléments du dossier. Ceux-ci montrent que le gérant de fortune menait une vie dynamique sans que ses idées noires n’aient d’impact sur son activité professionnelle ou sociale.

Le mari est ainsi reconnu comme pleinement responsable de ses actes. Seul un début de prise de conscience lui est concédé par le jugement. Duli, qui était passé aux aveux, qui a déjà versé 50 000 francs à la victime pour le tort causé, mais qui ne s’est pas désolidarisé de la théorie du contrordre, n’obtient pas le repentir sincère,

Un épilogue qui n’est sans doute que provisoire. La cour d’appel peut déjà se préparer à penser psys et chihuahuas.

«Il n’a pas appelé la police, il n’a pas appuyé sur le bouton de l’alarme et il n’a pas lâché les chihuahuas»