«La liste des acquéreurs est amusante.» C’est par cette remarque sibylline qu’Olivier Jornot, procureur général du canton de Genève, a clos la conférence de presse convoquée en urgence, ce vendredi, pour annoncer l’arrestation de quatre personnes le matin même. Ces malfrats, des trentenaires, ont émis frauduleusement environ 200 certificats covid. Chaque document était échangé contre une somme de 400 francs à des personnes qui ont évité ainsi de se faire vacciner. A noter que le prix a évolué à la hausse après la parution d’articles et la diffusion de sujets à la télévision, la semaine dernière, sur la facilité avec laquelle il est possible de se fournir en faux documents. D’où la remarque du procureur. «Il faut avoir des moyens et des connexions» pour faire l’acquisition de ces faux certificats, a-t-il explicité.

L’enquête a été confiée au premier procureur Stéphane Grodecki. C’est lui qui devra notamment décider si les quatre personnes arrêtées seront mises en prison pour éviter le risque de collusion. Des astreints à la protection civile figurent dans la liste des quatre compères. Ce sont eux qui, au sein d’un centre de vaccination que le procureur Jornot n’a pas voulu nommer, activaient le processus qui aboutissait à l’émission des certificats. Les autres jouaient le rôle de rabatteurs. «Les responsabilités des uns et des autres ne sont pas suffisamment établies à ce stade pour que je donne le nom de ce centre», a justifié le procureur général.

Les quatre, pour assurer la publicité de leurs services frauduleux, utilisaient le bouche-à-oreille. Il reste à établir s’ils ont également utilisé des réseaux numériques pour se faire connaître. Les enquêteurs de la police judiciaire sont parvenus à identifier cette filière grâce à des recherches secrètes. En clair: comme lors d’une transaction de drogue dans le but de remonter un réseau, des inspecteurs se sont fait passer pour des acquéreurs potentiels de certificats frauduleux. Lors de contrôles classiques comme à l’entrée de restaurants, il est impossible de détecter ces documents frauduleux.

Des bénéficiaires faciles à identifier

Les enquêteurs établissent à présent la liste des bénéficiaires. Une tâche qui ne sera pas extraordinairement difficile, sous-entend Olivier Jornot, car les possesseurs ont bien dû fournir leur identité réelle afin que le certificat soit émis à leur nom. Pour des raisons de protection des données personnelles, il n’existe par contre pas de base de données de personnes vaccinées. A chaque certificat émis correspond une simple ligne de code, a décrit le procureur.

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Les quatre personnes arrêtées, selon ce que l’enquête arrivera à établir, risquent des amendes voire de la prison pour faux dans les titres ou même corruption. Les acquéreurs des faux certificats peuvent être poursuivis pour les mêmes infractions.

Début en été

Leur filière aurait commencé à être active durant l’été. On pense que les besoins liés aux départs en vacances ont pu entraîner son activation. Olivier Jornot a déclaré n’avoir aucun indice que d’autres réseaux du même type seraient actifs actuellement à Genève. «Il n’appartient pas à la justice de dire aux autres pouvoirs ce qu’ils doivent faire, a conclu le procureur. Mais la justice pénale n’est pas en mesure de freiner ce type de phénomène. La mise en place de contrôles lors de l’émission des certificats serait néanmoins à envisager par l’un ou l’autre des services de l’Etat.»

Les arrestations genevoises n’ont pas de lien avec l’annonce du canton de Vaud qui, vendredi également, a indiqué ouvrir une enquête sur de faux certificats covid. Dans le cas vaudois, ce sont des personnes travaillant en pharmacie qui sont suspectées.