Cette crise est un marathon, et nous n’en sommes pas encore à la moitié. Lors de la dernière conférence de presse du Conseil fédéral, le ministre de la Santé, Alain Berset, l’a rappelé. Dans cette «situation extraordinaire», pour ralentir la propagation du virus et ainsi éviter la saturation des hôpitaux, il faut faire preuve d’humilité. Tout de même: alors que le pic de l’épidémie est attendu pour la période pascale, les nouvelles sont plus rassurantes qu’alarmantes sur quatre points essentiels.

Premièrement, la Suisse se redécouvre un Conseil fédéral qui gouverne. Plusieurs réformes, comme la fiscalité des entreprises, n’ont ces derniers temps passé la rampe que lorsque le parlement a repris la main, et le dossier européen est toujours en chantier. Or, en l’occurrence, la crise actuelle révèle un gouvernement uni qui assume ses responsabilités en prenant soin d’écouter les cantons. Il a trouvé le ton juste en renonçant à toute métaphore guerrière susceptible de dramatiser la situation, préférant en appeler à la solidarité de toutes et de tous.

Deuxièmement, la population suisse se révèle pour le moment très mature dans cette épreuve qui risque fort de durer jusqu’à fin mai. Le Conseil fédéral a choisi sagement de la responsabiliser plutôt que de la soumettre à un confinement strict à l’italienne ou à la française. Dans l’ensemble, elle répond par une autodiscipline exemplaire.

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Troisièmement, on s’aperçoit que le système de santé, certes très, voire trop, coûteux, est robuste grâce au remarquable professionnalisme du personnel soignant, mais aussi à de bonnes infrastructures. En un temps record, tous les hôpitaux se sont réorganisés et ont au minimum doublé leur capacité de lits de soins intensifs. Dans l’urgence, de nombreux médecins découvrent les vertus de la télémédecine, un domaine dans lequel la Suisse accusait du retard par rapport à des pays comme les Etats-Unis ou le Canada.

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Quatrièmement, les secteurs public et privé ont enterré leur sempiternelle rivalité, ce qui paraissait encore impensable l’an passé. Partout en Suisse, les cliniques privées ont réalisé l’union sacrée avec les hôpitaux publics. En quelques semaines, des barrières idéologiques et administratives sont tombées.

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Le marathon est encore long et on n’a pas encore franchi le fameux mur du 30e kilomètre, soit le pic de l’épidémie. Mais jusqu’à présent, cette crise révèle une Suisse admirablement résiliente.

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