Un menu particulièrement copieux attend le législateur tessinois le 16 mai prochain. En plus du référendum fiscal et de la révision de l'AVS, les citoyens tessinois devront se prononcer sur quatre référendums cantonaux. Ils avaient été lancés simultanément par le PS pour combattre des économies auxquelles l'exécutif tessinois se propose de soumettre l'Instruction publique pour trois d'entre eux, et sur l'abaissement des subventions pour les primes de caisses maladie, pour le dernier.

Les 7000 signatures requises par objet avaient été largement dépassées. Ainsi, le référendum concernant les subventions pour les primes d'assurance maladie a permis à ses initiateurs d'engranger quelque 18 000 paraphes. Sur une population de 350 000 personnes, plus de 90 000 individus bénéficient de cette manne publique.

Le Conseil d'Etat veut serrer la vis. Ainsi, le montant moyen de prime admis par l'Etat devrait désormais se situer dans la fourchette des 20 caisses les plus avantageuses. Le nouveau système prévoit également la cessation de paiement de la subvention si le patient ne règle pas ses factures de prestation de soins. Et les revenus annuels supérieurs à 100 000 francs pour une famille comptant plusieurs enfants, ne devraient plus entrer dans la catégorie des ayants droit.

Sur le front de l'enseignement, le régime minceur voulu par le gouvernement prévoit une heure d'enseignement supplémentaire non rétribuée, portant le pensum hebdomadaire des instituteurs à 24 heures. Les syndicats, les associations de parents d'élèves et les mouvements de gauche en général dénoncent une mise en péril de la qualité de l'enseignement. Une crainte que ne partagent par les partis bourgeois, convaincus que le corps enseignant pourrait facilement absorber la surcharge en question. Ils appuient également la réduction des subventions cantonales de 10% destinées aux communes pour le financement de l'école primaire ainsi que la suppression de l'heure de gymnastique corrective.

Le souvenir de la guerre des nerfs qui avait secoué le gouvernement tessinois à la fin de l'année dernière est encore vivace: lors de cet épisode, les quatre conseillers d'Etat de la majorité de droite avaient écarté temporairement de ses fonctions leur unique collègue de gauche, la socialiste Patrizia Pesenti. Depuis, l'opposition est mobilisée et soudée comme rarement auparavant.

Le tout nouveau président du PS tessinois, le juriste Manuele Bertoli, est dès lors catégorique: pas question que les classes défavorisées paient l'addition d'une dizaine d'années d'allégements fiscaux, voulus notamment par la ministre des Finances, la libérale Marina Masoni. Pour les présidents du Parti libéral-radical, du PDC, de l'UDC et de la Lega, si les référendums venaient à passer, l'effet ne se ferait pas attendre: il faudrait augmenter l'impôt cantonal de 10% au moins.

De fait, les finances tessinoises s'enfoncent dans le surendettement, au point que l'Etat se voit contraint de recourir à l'emprunt pour faire face notamment, à la couverture d'une partie des charges salariales qui lui incombe. Le budget cantonal tessinois de 2004 prévoit, après application des mesures d'épargne, un déficit de 28 000 millions de francs. En cas d'acceptation des quatre objets du scrutin de mai, les chiffres rouges bondiraient à 300 millions.

En attendant, la crise gouvernementale autour des finances publiques éclaire deux visages: ceux de la ministre des Finances socialiste Patrizia Pesenti et de la radicale Marina Masoni, responsable des Finances. Malgré l'adhésion des cinq ministres tessinois à un pacte de solidarité qu'ils ont conclu entre eux pour s'astreindre à un comportement collégial, les deux magistrates s'observent en coin, prêtes à bondir. Récemment, Patrizia Pesenti qui, lors d'un congrès de son parti, qualifiait de «merveilleux» les quatre référendums, s'était nouvellement fait épingler par sa collègue, qui voyait dans ces propos une ingérence inacceptable dans les affaires du gouvernement.