Médias

Quatre sages de la SSR livrent leurs idées pour sauver le service public

Tuer la SSR, c’est affaiblir la démocratie. Voilà le credo qui réunit quatre personnalités ayant œuvré pour la SSR durant toute leur carrière

Ils ont occupé des postes de cadre au sein de la SSR. Mais ils ont tous quitté la maison il y a quinze voire vingt ans. Dans leurs discussions, une inquiétude revenait avec insistance suite à la votation de 2015 sur la révision de la loi sur la radio-TV, dont la SSR était sortie cabossée. «Nous nous disions qu’une fois l’initiative «No Billag» balayée dans les urnes, il serait temps de publier un livre, nourri de nos réflexions», se rappelle Oswald Sigg, ex-rédacteur en chef de l’ATS et ancien porte-parole de la SSR. L’évolution de la campagne a accéléré ce calendrier prudent.

Aujourd’hui, Guillaume Chenevière, ancien directeur général de la RTS, Raymond Vouillamoz, son responsable des programmes, Philippe Mottaz, chef de l’information, et Oswald Sigg sortent du bois. Ils publient ensemble quatre textes, rédigés séparément, mais dont le point commun est une défense de la SSR comme «instrument fait pour nourrir la démocratie». Parce que les actuels dirigeants sont peu libres de leur parole, l’intervention de ces «dinosaures», comme ils se surnomment eux-mêmes, marque un moment important de la campagne.

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«On vend du journalisme SSR aux annonceurs»

«Nous n’avons pas de discours commun», prévient d’emblée Guillaume Chenevière. «D’ailleurs, nous ne sommes pas d’accord sur tout, souligne Philippe Mottaz. Mais nous voulons montrer qu’il existe une troisième voie entre la disparition de la SSR que visent les initiants et le fait que cette institution reste figée.» Leur but: faire affluer les idées, «surtout les meilleures que les nôtres», dit Guillaume Chenevière, pour faire évoluer le service public.

Dans le groupe des quatre, il y a deux radicaux: Oswald Sigg et Philippe Mottaz. Tous deux pensent que le salut du service public audiovisuel en Suisse passe par la disparition de la publicité. «Je consomme principalement des programmes alémaniques, explique Oswald Sigg. En soirée, il y a un afflux de publicité que même les chaînes allemandes ne connaissent plus après 20 heures. La programmation est devenue trop commerciale. On vend du journalisme SSR aux annonceurs.»

«On s’est crispé sur la question des revenus, relance Philippe Mottaz. Or la publicité, sa collecte massive et souvent secrète de données personnelles, est l’inverse de ce qu’est le service public. Cela fait dix ans que l’on ne sait plus ce que veut la SSR. Son discours est resté inchangé alors que la Suisse traversait des mutations importantes. Les initiants font autant de dégâts car la SSR est rétive à la discussion. Je pense qu’elle a besoin d’être irriguée par d’autres forces. L’enjeu, ce n’est pas l’institution en tant que telle, c’est la démocratie. Le financement par le sponsoring, par exemple, c’est aller trouver des forces suisses pour financer des programmes qui nourrissent le débat démocratique dans notre pays.»

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Relancer «Idée suisse»

Cette «Idée suisse» qui a été le slogan de la SSR, Raymond Vouillamoz veut la relancer. Ses propositions sont «iconoclastes et utopiques»: l’après-midi, la part de marché des programmes de la RTS n’est plus intéressante pour les annonceurs. Il faut exploiter ces plages horaires en diffusant le meilleur des programmes produits dans les autres régions linguistiques, en les sous-titrant. Autre idée: créer une équipe transrégionale chargée de produire des fictions destinées aux marchés français, allemand et italien.

«Ce que le public doit comprendre, c’est que la SSR lui appartient», dit Guillaume Chenevière en rappelant une originalité de la gouvernance du service public suisse: le public peut intervenir via les sociétés de radio-télévision cantonales. «Cette responsabilité est un privilège», insiste-t-il. Pour réinventer la SSR, l’ancien directeur invite les actuels dirigeants à aller chercher des forces vives pour les inclure dans ces forums: «C’est le bon moment pour s’ouvrir à la discussion publique permanente. Nous avons besoin d’idées et de rêves. Il ne faut pas tuer l’idéal. Surtout maintenant. La SSR est un instrument formidable. Mais la liberté, ce n’est pas payer ce que l’on consomme, c’est maîtriser son destin. La Suisse a réussi à le faire. Si vous fabriquez de l’atomisation, continuer sera impossible.»


Les textes sont à consulter sur www.ideesuissecontrenobillag.ch

Dossier La controverse «No Billag»

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