Drogue

Quelque 2000 consommateurs prêts à participer à une expérience de vente légale de cannabis

Berne s’apprête à faire une demande auprès de l’Office fédéral de la santé publique afin d’autoriser un échantillon de consommateurs à s’acheter de l’herbe en pharmacie

Trente ans, urbain, actif, il affirme consommer des joints pour le plaisir ou en «automédication», pour calmer des angoisses ou des douleurs. Voici le profil type du consommateur prêt à participer à une expérimentation de régulation du cannabis, selon une enquête anonyme en ligne, réalisée par des chercheurs de plusieurs universités suisses. Parmi les 3700 personnes interrogées, quelque 10% cultivent eux-même leurs plants de chanvre. Un tiers des usagers se fournit auprès de leurs connaissances. Mais la majorité (deux sur trois) se tourne vers le marché noir. Ils pourraient à l'avenir avoir accès à une voie légale pour acheter du cannabis.

Accord de la commission d’éthique de la ville de Berne

C'est du moins ce que souhaitent quatre villes - Genève, Berne, Bâle et Zurich, qui cherchent à mettre sur pied des projets pilotes de régulation du marché du cannabis. Les autorités législatives et exécutives cantonales ainsi que les gouvernements municipaux de ces cités alémaniques soutiennent l'idée. Le conseil d'Etat genevois, de son côté, n'a pas encore pris position. Pour le «groupe de travail interurbain Cannabis», à l'origine du sondage, l'objectif était avant tout de savoir si un nombre suffisant de personnes est prêt à prendre part à cette expérience.

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La réponse est oui, indique le groupe: «La moitié des participants à l'enquête en ligne accepteraient les conditions indispensables pour mener à bien un projet pilote avec accompagnement scientifique». Lesquelles impliquent, entre autre, d'accepter de répondre régulièrement à des questionnaires, de passer des tests médicaux, ou encore de s'engager à ne pas conduire plusieurs heures après avoir consommé du cannabis. Seuls 18% des personnes interrogées se disent prêtes à renoncer totalement à conduire durant l'expérience, qui pourrait durer deux à trois ans. Au total, les projets-pilotes des quatre villes impliqueraient quelque 2500 personnes en Suisse.

Décision de la Confédération attendue

Les villes, Berne la première, vont désormais réclamer une demande de dérogation à la loi sur les stupéfiants auprès de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). L'institut de médecine de prévention et sociale de l'Université de Berne a annoncé ce vendredi avoir obtenu l'accord de la commission d'éthique de la ville pour pour poursuivre sur cette voie. Si elle obtenait un feu vert de la Confédération, quelque mille adultes volontaires se verraient autorisés à acheter une quantité limitée d’herbe dans des pharmacies agréées de la capitale.

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Le commerce et la consommation de cannabis sont interdits en Suisse. En 2008, 63% des citoyens rejetaient l’initiative «Pour une politique raisonnable en matière de chanvre et protégeant efficacement la jeunesse», qui visait à dépénaliser la consommation de cannabis et à en régulariser le marché.

Opposition au parlement

Pourtant, les partisans d'une régulation à l'échelle urbaine estiment que le statu quo n'est pas satisfaisant: malgré l'interdiction, le cannabis est consommé largement. L'herbe vendue sur le marché noir contient pesticides, champignons et taux de THC élevés. Autoriser, sous certaines conditions, la vente d'un produit mieux contrôlé permettrait selon eux de réduire les risques et d'améliorer la prévention, voire d'endiguer le marché noir.

Mais le destin des projets de régulation des villes reste incertain. Le «groupe de travail interurbain Cannabis» compte se baser sur une mince ouverture de la LStup. Selon l'article 8, alinéa 5, l'OFSP peut accorder des «autorisations exceptionnelles» pour la culture, l’importation et le commerce des stupéfiants s’ils sont utilisés «pour la recherche, le développement de médicaments ou une application médicale limitée». 

Les opposants à toute forme de légalisation du chanvre dénoncent d'ores et déjà ce qu'ils considèrent comme un détournement de la loi. Dans une initiative parlementaire déposée en avril dernier et encore non traitée, la conseillère nationale UDC Verena Herzog réclame que les autorisations exceptionnelles délivrées par les autorités se limitent aux essais cliniques, ce qui exclurait de facto les projets pilotes des villes.

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