On peut confirmer que le peuple se prononcera le 25 septembre prochain sur l'élargissement de la libre circulation des personnes aux dix nouveaux Etats membres de l'UE. Le comité référendaire interpartis a déposé mardi à Berne quelque 80 000 signatures à la Chancellerie fédérale. Le conseiller national Bernhard Hess (BE) et l'ancien conseiller national Rudolf Keller pour les démocrates suisses, les conseillers nationaux Luzi Stamm (AG) et Oskar Freysinger (VS) pour l'UDC, le Tessinois Giuliano Bignasca pour la Lega figuraient sur la photo de famille à l'entrée de la Chancellerie. Une poignée de politiciens membres de l'UDC et de groupuscules nationalistes sont également présents au sein dudit comité.

Les animateurs du référendum contre la libre circulation ne sont pas à même de présenter des chiffres très précis, la récolte de signatures n'étant pas encore complètement terminée. L'extrême gauche, ou tout au moins une partie de l'extrême gauche genevoise, sous le drapeau du Mouvement pour le socialisme (MPS), a de son côté également récolté un certain nombre de signatures. Très discrète mardi, elle s'est bien gardée de les déposer à Berne en même temps que celles de la droite nationaliste. L'Action pour une suisse indépendante et neutre (ASIN), qui a combattu les deux objets, déposera pour sa part jeudi les signatures de son propre référendum contre la participation de la Suisse à Schengen/Dublin. Que ce soit par l'extrême gauche ou par la droite nationaliste, un nombre appréciable de signatures paraissent avoir été récoltées en Suisse romande, mais entre les chiffres des signatures effectivement déposées ou encore attendues, le décompte est loin d'être clair. La proportion de 20% avancée mardi par les membres du comité référendaire présents à Berne reste toutefois invérifiable à ce stade, comme le total de 4000 signatures récoltées à Genève.

Les membres du comité référendaire ont proclamé leur propre mérite d'avoir récolté tant de signatures en l'espace de 80 jours dans des conditions météorologiques aussi défavorables que celles de cet hiver. Ils ont dénoncé la malice d'economiesuisse, qui aurait acheté les noms des sites internet relatifs à la libre circulation pour en priver ses adversaires. Voilà, s'exclament les démocrates suisses, les gens auxquels le peuple a affaire, mais l'on verra bien dans les mois à venir qu'il ne se laisse pas acheter par les millions de la propagande. Economiesuisse dément à cet égard toute manœuvre et affirme avoir acquis un certain nombre d'adresses internet pour son propre usage, comme elle le fait à la veille de chaque campagne.

Question propagande, le comité référendaire a laissé entrevoir quel sera l'axe de sa campagne: la description apocalyptique d'une ruée en provenance de l'Est qui mettra à mal notre bien-être et notre Etat social. La libre circulation avec les nouveaux membres de l'UE, assurent les référendaires, signifie en réalité «libre immigration», il n'y aura plus de frein à l'afflux des personnes en provenance de ces pays. Bientôt, la Roumanie, la Bulgarie, les Balkans et la Turquie intégreront l'UE. Il s'ensuivra alors une immigration massive. Le dumping salarial menacera notre pays et nous ne serons plus concurrentiels avec les travailleurs de l'Est. Les Suisses vont perdre, comme cela se passe déjà de plus en plus souvent, leur emploi à cause de l'élargissement à l'Est. Les mesures d'accompagnement n'y pourront rien, la pauvreté s'accentuera et le flot des étrangers vers notre sécurité sociale ne fera que croître. Oskar Freysinger va même plus loin. Pour lui, la libre circulation des personnes «signifie indubitablement la déchéance de la Suisse».

Bernhard Hess se flatte de ce qu'un certain nombre de signatures proviennent de milieux ayant la fibre syndicale, et pas uniquement des cercles nationaux-conservateurs. A son avis, la campagne actuellement en cours en France sur la Constitution européenne, tout comme la controverse autour de la directive Bolkestein, apporte de l'eau au moulin des opposants à la libre circulation. Si les gens sont inquiets et si le climat est mauvais en Europe, c'est bon pour les opposants en Suisse, affirme-t-il.