A quatre mois des élections biennoises, l'événement ne manquait pas de piquant: ennemis viscéraux, Hans Stöckli, maire socialiste, et Jürg Scherrer, municipal de la Sécurité et président du Parti suisse de la liberté, étaient assis côte à côte mardi, pour parler de la réorganisation de la police de Bienne. L'arrivée du maire à la dernière minute a avivé la perspective d'étincelles, d'autant que Hans Stöckli a commencé par éloigner sa chaise de celle de Jürg Scherrer.

Ce fut l'unique bribe de tension. Hans Stöckli a patiemment écouté Jürg Scherrer, l'expert et le commandant de la police locale, André Glauser, détailler une réforme prudente et consensuelle, qui verra notamment les postes de garde de quartier supprimés, la hiérarchie allégée et les trois sections d'intervention passer de 12 à 16 agents.

Objectif «ville sûre»

Les pierres d'achoppement ont été éludées, à commencer par la fusion des polices locale et cantonale. Jürg Scherrer s'y oppose, Hans Stöckli y souscrit. L'exécutif biennois s'est gardé de trancher. Jürg Scherrer en déduit que Bienne conserve sa «police autonome», Hans Stöckli nuance, évoquant un «modèle flexible», susceptible d'être intégrable à une police cantonale unique. Porte-parole des villes dans ce délicat dossier, le maire de Bienne a d'autres raisons de tabler sur la retenue: la ministre bernoise de la Police, Dora Andres, tergiverse. S'appuyant sur l'expérience positive de Thoune, où polices locale et cantonale sont fusionnées depuis 2003, elle souhaite généraliser la police unique à l'ensemble du canton. Mais elle se heurte à la réticence des villes, de Berne en particulier. Elle a accepté de négocier, avant de repasser à l'offensive, aiguillonnée par une motion parlementaire qui préconise la fusion.

Faute de clarté, Bienne s'abstient. Même si son «modèle flexible» peut être assimilé à un préavis favorable à la fusion. Mais l'affirmer de manière péremptoire aurait donné du grain à moudre électoral au réticent Jürg Scherrer.

Hans Stöckli et la majorité de gauche se sont par ailleurs appliqués à briser la résonance d'un autre objectif du municipal d'extrême droite: faire de Bienne la ville la plus sûre du pays. «Je suis aussi en faveur d'une ville sûre», rétorque le maire. L'exécutif biennois a ainsi voté un renforcement des effectifs de police. Modéré certes, mais suffisant pour couper l'herbe sous les pieds de Jürg Scherrer. Réorganisée, la police biennoise comptera 111 agents, dont 91 en uniforme, 14 en civil et 6 intégrés à la Centrale d'engagement commune aux polices cantonale et communale. C'est deux de plus que le minimum proposé par l'expert, c'est un peu moins que l'effectif théorique actuel – qui n'a jamais été complet – et c'est très loin des vingt agents supplémentaires réclamés par Jürg Scherrer. Qu'à cela ne tienne, le directeur de la Sécurité et le maire se félicitent, presque en chœur, d'avoir bâti une police renforcée, plus efficace, sans augmentation de coût. La sécurité perd de son acuité dans la campagne électorale biennoise.