Assurance maladie

«Quelqu’un se rend-il compte où l’on va?»

A chaque nouvelle hausse de primes, les ministres Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia s’indignent. Mais au-delà des coups de gueule, peuvent-ils encore quelque chose pour leurs assurés?

«Est-ce qu’il se trouve quelqu’un pour se rendre compte où l’on va? A ce rythme, en cinq ou six ans, la prime moyenne pour un adulte sera de 600 francs.» Le ton de Pierre-Yves Maillard n’est pas querelleur mais désabusé. Car devant cette nouvelle annonce de hausses des primes, le ministre vaudois ne voit pas d’anticorps miracle au système actuel: fatalement, la concurrence entre les caisses engendre des hausses. Ainsi, lorsqu’une caisse comme Supra double en un an le nombre de ses assurés, ses réserves diminuent mécaniquement de moitié. Elle devra donc augmenter ses primes pour regagner des réserves. A l’inverse, lorsque 10% des assurés quittent leur assureur pour un autre qui est 20% moins cher, les hausses d’encaissement escomptées n’ont pas lieu et se reportent sur l’année suivante. Pour Pierre-Yves Maillard, la solution aurait résidé dans la caisse unique, refusée par le peuple.

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Si le conseiller d’Etat a toujours été critique envers le système, il est aujourd’hui alarmé par un autre phénomène, l’augmentation incontrôlée des coûts de la santé: «Les coûts de l’ambulatoire ont explosé. Et puis dix-huit mois sans moratoire sur l’établissement de médecins spécialistes a conduit à une explosion de facturations. C’est la guerre économique entre hôpitaux.» Alors que, jusqu’en 2012, tout indiquait une maîtrise des coûts dans le canton de Vaud, 1,7% en moyenne, la voilà maintenant à 2,5%-3%. Pourtant, le ministre pouvait se targuer d’avoir infléchi cette tendance, grâce au système des forfaits: une enveloppe budgétaire accordée aux hôpitaux régionaux du canton de Vaud – ainsi que du Tessin et des HUG à Genève –, au-delà de laquelle les tarifs ne sont que partiellement payés. «Il faudrait généraliser ce système à tous les prestataires de soins», estime-t-il. Il insiste aussi sur le fait que cette nouvelle hausse des primes sera tempérée, dans son canton, par l’augmentation des allocations familiales et par le remboursement aux assurés l’an prochain de 120 millions de primes payées en trop.

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Une maigre consolation, comme le résume son collègue genevois Mauro Poggia, qui pourra aussi compter sur ce remboursement: «On ne va pas s’émerveiller devant le fait qu’on nous rende ce qu’on nous a volé!» Il n’a pas de mots assez durs pour fustiger le parlement fédéral, «qui aurait pu créer un fonds de réserve national adapté à l’ensemble des risques pour l’ensemble des assurés, mais dont il ne faut rien attendre durant cette législature». S’il reconnaît que «les coups de gueule ne font du bien que sur le moment», il estime, comme Pierre-Yves Maillard, que «la seule solution dépendant de nous réside dans la maîtrise des coûts hospitaliers». Avec le même écueil: aucun moyen de pression sur les cabinets. Resterait, en dernier recours, une initiative populaire visant à établir une caisse de compensation cantonale d’assurance maladie. «Ce qui éviterait que les flux partent dans d’autres cantons.» Il y a long, encore, jusqu’à enrayer la course folle.

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