Dans le prolongement de la précédente rencontre, le 11 décembre à Genève, la réunion mardi dernier à Annecy du CRFG (Comité régional franco-genevois) a été tendue. Enjeu: les financements de projets transfrontaliers par la partie genevoise. Les Français menaçaient ni plus ni moins de rompre les discussions sans effort notable du gouvernement genevois.

Ce dernier vient de déposer un projet de loi proposant de cofinancer à hauteur de 3,1 millions de francs sur trois ans cinq parcs relais P+R situés en France voisine. Ces infrastructures, a rappelé le Conseil d’Etat, profiteront au canton pour une meilleure gestion des déplacements frontaliers sur son territoire. Stupeur des représentants français: ce montant est très éloigné de l’engagement pris le 28 juin 2012 par Genève, lors de la signature du Projet d’agglomération de deuxième génération, de débourser 24 millions par année pendant dix ans pour financer des projets liés à la mobilité.

La partie française estime que le futur tram reliant Genève au centre d’Annemasse ainsi que le lancement d’une nouvelle ligne de bus dans cette même ville haut-savoyarde pourraient être remis en cause. Genève devait verser 10 millions de francs en 2013 pour ces deux projets. Par ailleurs, les Français ont indiqué qu’ils faisaient désormais face à la menace des maîtres d’ouvrage «qui n’acceptent plus que les engagements genevois soient différés par rapport à des calendriers de réalisation en bonne partie imposés par la Confédération suisse». Les financements de cette même Confédération pourraient «sauter» si les délais ne sont pas respectés.

Quatre ministres se déplacent

Pas moins de quatre conseillers d’Etat (Michèle Künzler, Charles Beer, François Longchamp, Pierre-François Unger) ont fait le 5 février le déplacement en Haute-Savoie pour annoncer que le canton allait déposer un nouveau projet de loi pour ouvrir un nouveau crédit au titre de subvention d’investissement de 10 millions de francs.

«Nous devrions au total recevoir 11,5 millions d’euros pour 2013, c’est la bouteille à moitié pleine», calcule Christian Dupessey, maire d’Annemasse, l’un des représentants de la partie française. «Mais que l’on ne nous dise pas qu’il s’agit là d’un cadeau fait à la France, ces projets sont une nécessité pour le Grand Genève et tous ses habitants, qu’ils soient Suisses ou Français», précise l’édile.

Les relations sont-elles pour autant apaisées? «Elles devraient l’être totalement lorsque le Conseil d’Etat déposera un troisième projet de loi pour cofinancer cinq autres parkings P+R, c’est là aussi un en­gagement genevois pour 2013, nous serons une nouvelle fois fermes à ce sujet», répond Christian Dupessey.

«Il faut dans un premier temps que le Grand Conseil vote notre premier projet de loi avant de penser au deuxième, voire au troisième, tempère Pierre-François Unger. Nous souhaitons qu’il soit adopté mais, dans un contexte budgétaire difficile, cela n’est pas encore acquis.»

Nouvelle illustration de la zone de turbulences que traversent en ce moment les relations franco-suisses, Genève, de son côté, dénonce la décision française «unilatérale» d’abandonner le projet de modernisation de la ligne ferroviaire Bellegarde-La Plaine, «qui affecterait la cohérence d’ensemble de la future mobilité dans la région». Le Conseil d’Etat a dénoncé une mesure qui ne facilite pas le démarrage des premières opérations de financement genevois sur le sol français. Le litige a été abordé à Annecy et soumis au préfet de la région Rhône-Alpes, l’autorité compétente en la matière, qui représente l’Etat français.