A trois semaines du plébiscite consultatif sur l'appartenance cantonale de Moutier, six personnalités de la ville, pour la plupart autonomistes dans l'âme, demandent à leurs concitoyens de réfléchir avant de voter. A la formule du maire Maxime Zuber «le oui au transfert de Moutier du canton de Berne à celui du Jura doit être un vote du cœur», ce petit groupe articulé autour de l'économiste Pierre-Alain Droz, du chef d'entreprise Francis Kohler et de l'avocat François Boillat, préfère le vote de la raison. Comparaisons chiffrées à l'appui, ce groupe diffuse un manifeste qui suscite questions, craintes et peurs.

Le Temps: Comment peut-on se dire autonomiste et ne pas voter oui le 29 novembre?

François Boillat: Je refuse l'idée de voter la tête dans un sac, de ne penser qu'à Moutier et de ne pas se préoccuper du statut du reste du Jura bernois. Je suis opposé à la solution communaliste. Par ailleurs, si le oui devait l'emporter lors du vote consultatif, il y aura jusqu'au transfert effectif, une période de plusieurs années durant laquelle Moutier ne sera plus tout à fait bernoise et pas encore jurassienne. La ville, aujourd'hui pilier du Jura bernois, a beaucoup à perdre de ce no man's land politique.

– Pourquoi ne pas carrément appeler à voter non lors du plébiscite consultatif?

– Nous voulons surtout susciter le débat et poser les bonnes questions. Notre groupe de réflexion demande de peser les intérêts et de se sentir très libre. On peut être un bon Jurassien, autonomiste de la première heure, et voter oui, non ou blanc.

– Que répondre à ceux qui prétendent qu'un vote positif à Moutier peut devenir un aiguillon pour le reste du Jura bernois?

– Je réponds «peut-être». C'est un jeu de guerre. Les généraux avancent leurs pions. On peut perdre la bataille et surtout, déboucher sur l'éclatement du Jura bernois. Pour moi, le rattachement de la seule ville de Moutier au canton du Jura est inconcevable.

Propos recueillis par Serge Jubin