La réforme du système sanitaire se poursuit à Neuchâtel. Après la mise en place de l'Etablissement hospitalier multisite (EHM), récemment baptisé Hôpital neuchâtelois, le conseiller d'Etat radical Roland Debély vient de lancer un processus comparable pour les soins à domicile. En cas d'acceptation du projet par le Grand Conseil, les sept centres régionaux du canton seront regroupés dans une structure unique de droit public baptisée NOMAD. Les députés se prononceront sur le projet au mois de septembre.

Le Temps: Pourquoi le Conseil d'Etat lance-t-il cette réorganisation maintenant?

Jean-Paul Jeanneret: C'est lié au deuxième volet du désenchevêtrement des tâches, qui donne au canton les compétences en matière de soins à domicile. Depuis début 2006, le canton paie, mais ce sont encore les communes qui donnent la prestation. NOMAD permettra de simplifier les choses en adoptant le principe du «qui commande paie». Quand cela sera fait, nous pourrons définir une stratégie commune pour tous les centres de soins à domicile du canton.

- Quels seront les contours de cette nouvelle stratégie?

- Le Conseil d'Etat entend développer le maintien à domicile des personnes âgées. Cela permettra de plafonner, voir de réduire, le nombre de lits dans les EMS (établissements médico-sociaux). Pour cela, il faudra offrir plus de prestations qu'aujourd'hui, en développant ce qui n'existe pas - ou peu - dans le canton. Car nous avons du retard. Il y a deux explications à cela. Tout d'abord, la planification sanitaire cantonale de 1999 était une planification avant tout hospitalière. En charge des soins à domicile, les communes n'ont en outre pas voulu ou pas pu développer ces tâches-là.

- Comment allez-vous adapter l'offre cantonale en matière de maintien à domicile?

- Nous allons tirer les enseignements de l'étude «Balance of care» actuellement menée par la HE-Arc et la Haute Ecole valaisanne. Elle a été commandée par l'ensemble des cantons romands, qui ont tous fixé le maintien à domicile comme une priorité. Ses conclusions nous permettront de mieux connaître les personnes âgées, leurs besoins et leur état de santé.

- S'apprête-t-on à assister à une révolution de la prise en charge du 4e âge?

- Révolution, je ne sais pas. C'est une approche différente, novatrice. Jusqu'ici, quand les EMS étaient saturés, on avait tendance à en reconstruire de nouveaux. Ce n'est pas toujours une solution, car l'offre crée la demande.

- Les EMS se sentent-ils menacés par cette tendance lourde?

- Ils voient notre projet avec une certaine appréhension, et je peux les comprendre. Neuchâtel dispose proportionnellement de plus de lit d'EMS que les autres cantons romands, mais présente un déficit en matière de centres de jour, de centres d'accueil temporaire ou d'appartements protégés. Malgré cela, il est trop tôt pour se prononcer. L'étude nous dira en 2008 ou en 2009 au plus tard dans quelle direction nous devons aller.

- Le transfert entre le stationnaire (EMS) et l'ambulatoire (soins à domicile) permettra à l'Etat de faire des économies. Pour quel montant?

- La part de l'Etat pour le maintien à domicile passera de 8,5 millions en 2006 à 9,63 millions en 2008. Le renforcement de l'offre ambulatoire doit permettre à l'Etat et aux assureurs de faire des économies sur le stationnaire. Le Conseil d'Etat prévoit ainsi de verser 16 millions pour les EMS en 2009 contre 18,7 millions aujourd'hui.