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La Question jurassienne se réduit

Le projet de créer un nouveau canton avec l’actuel Jura et le Jura bernois est définitivement enterré, le Jura bernois l’a rejeté à 71,8%, pendant que le Jura le soutenait à 76,6%. Seul changement par rapport aux scrutins des années 1970: la ville de Moutier souhaite changer de canton

La Question jurassienne se réduit

Frontières Le projet de créer un nouveau canton avec le Jura et le Jura bernois est enterré

Ce dernier l’a rejeté à 71,8%, le Jura l’a soutenu à 76,6%

Seule nouveauté: Moutier souhaite changer de canton

Les sentiments s’entrechoquent dans le Jura et le Jura bernois, après un scrutin qui a fortement mobilisé les populations: 72,7% dans le Jura bernois et 64,2% dans le Jura. Personne n’a vraiment perdu ou gagné. Mais un grand projet a définitivement été enterré: il n’y aura pas, à vues humaines, de canton réunissant les deux Juras. Si les Jurassiens du canton ont plébiscité ce projet à 76,6%, les Jurassiens bernois l’ont tout aussi sèchement rejeté, à 71,8%.

Les partisans du maintien du Jura bernois dans le canton de Berne peuvent-ils triompher? Pas complètement, car le principal bourg de la région, Moutier, 7500 habitants, a voté en faveur du projet de canton réunifié, à 55,4%. C’est la seule des 49 communes du Jura bernois à avoir pris cette option. Le village voisin de Belprahon n’a pas tranché: 110 à 110.

La Question jurassienne devient une Question prévôtoise. La ville pourra utiliser la seconde phase du processus adopté par les cantons de Berne et du Jura: le vote communaliste. Elle a deux ans pour adresser sa requête au canton de Berne, qui s’est engagé à y donner suite.

Les loyalistes bernois ont obtenu un résultat dépassant les prévisions. A l’exception de Moutier, le non l’emporte nettement et uniformément dans le Jura bernois, à 75,9% à Saint-Imier, 77,5% à Reconvilier, 80,2% à Tramelan, 71,2% à Tavannes ou 88,5% à Champoz. Quarante ans après les plébiscites de 1974 et 1975, le refus de quitter le canton de Berne s’est renforcé. Il était de 65,8%, il est aujourd’hui de 71,8%. «L’histoire a parlé», se félicite Notre Jura bernois et sa coprésidente, Virginie Heyer. «Le Jura bernois a décidé de préserver son identité et de défendre ses intérêts dans le canton de Berne. Nous appelons nos adversaires à reconnaître sans ambiguïté le verdict.»

Pour Virginie Heyer, si Moutier a le droit d’utiliser le processus communaliste pour demander son transfert cantonal, elle invite «les citoyens de cette ville à ne pas faire usage de ce droit et à forger, avec l’ensemble du Jura bernois, un avenir à la hauteur des aspirations de sa population».

Sentiments ambivalents à Delémont également. Le gouvernement a donné son appréciation dans un silence froid. «Nous sommes déçus et regrettons le résultat global dans le Jura bernois», lâche le président Michel Probst. Sa collègue Elisabeth Baume-Schneider voit pourtant trois raisons de se réjouir: les Jurassiens du canton, avec une belle unanimité et dans une proportion forte (76,6%), ont déposé dans l’urne un «vote d’ouverture, de fraternité et d’accueil qui me rend fière». Trois Jurassiens sur quatre et toutes les communes sont d’accord de partager leur autonomie cantonale. «La souveraineté jurassienne ne se vit pas de manière étriquée», dit encore une ministre qui constate que la campagne a été très digne. «Elle conforte l’image positive du canton du Jura.»

Le vote positif de Moutier redonne le sourire à un canton du Jura qui doit abandonner désormais le principe de réunification d’un Jura de Boncourt à La Neuveville. «Le gouvernement jurassien, bien que déçu, respecte la volonté démocratiquement exprimée du Jura bernois et constate que le Jura historique restera durablement divisé.»

Celui qui fut le premier président du gouvernement jurassien en 1979, François Lachat, le regrette. «Je suis stupéfait, dit-il. Le Jura bernois a mal choisi. Il tenait le couteau par le manche en votant oui, il aurait pu comparer entre sa situation et celle d’un nouveau canton. Il a tranché avant. Il a refusé de dialoguer.»

Reste Moutier. Qui avait à cinq reprises jusqu’ici voté pour son maintien dans le canton de Berne. En 1959, le 23 juin 1974 (à 70 voix d’écart), à deux reprises en 1975 (notamment à 54,2% le 7 septembre lors d’un vote communaliste), puis pour 41 voix lors d’un vote consultatif en 1998. Pour la première fois de son histoire, la ville qui élit des autorités à majorité autonomiste depuis près de trente ans dit, dans les urnes, qu’elle souhaite quitter le canton de Berne: 2008 oui contre 1619 non, 389 voix d’écart, 55,4% de oui, avec une participation de 77,8%. Le signal est clair, mais pas décisif. Une majorité de Prévôtois a voté, ce dimanche, pour engager un processus visant à réunir dans un nouveau canton le Jura et le Jura bernois. Ces mêmes électeurs sont-ils prêts à effectuer une autre démarche, quitter «seuls» le canton de Berne pour intégrer un canton du Jura qui ne reverra pas, de fond en comble, son organisation pour sa seule venue?

Le taux de 55,4% déçoit, un oui à plus de 60% était escompté. Le fait qu’aucune autre commune de la couronne de Moutier n’ait voté oui – sinon Belprahon avec son égalité – refroidit encore les ardeurs. Certes, les autonomistes se sont rassemblés en nombre à l’Hôtel de la Gare à Moutier, conscients du possible basculement de la ville. Il y eut une petite alerte, en fin d’après-midi, lorsque les loyalistes bernois ont exprimé leur satisfaction en ville de Moutier. Sans échauffourées toutefois.

«Le Jura bernoisa refusé de dialoguer»

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