Alors que les états-majors des partis zurichois préparent déjà leur stratégie en vue du débat budgétaire qui s'ouvre le 10 décembre prochain, la fonction publique du canton descend dans la rue aujourd'hui jeudi. Rahel Bächtold, avocate, présidente de l'organisation faîtière des associations de personnel, comptant 22 000 membres sur les 37 000 employés de l'Etat zurichois, en explique les raisons.

Rahel Bächtold: Nous nous opposons aux diminutions prévues de salaire, mais aussi et surtout au démontage de prestations. Nous ne voulons pas d'un Etat à deux vitesses: des infirmières contraintes par exemple de faire une différence dans la qualité des soins selon le type d'assurance du patient, ou des classes surpeuplées, désertées par les élèves dont les parents ont les moyens de les envoyer dans une école privée.

Le Temps: Pourquoi les employés de l'Etat ne devraient-ils pas participer eux aussi à l'effort d'économies général du canton?

– Le personnel de la fonction publique n'est pas plus gâté que dans l'économie privée. Prenez le cas d'un employé de 40 ans, travaillant depuis dix ans auprès du canton. Durant cette période, il a consenti un effort d'économies de plus de 45 000 francs, dont 35 000 francs parce qu'il a renoncé à la compensation au renchérissement. Les 2000 francs qu'il perd sur sa prime d'ancienneté ne représentent qu'une petite partie du sacrifice. Et son emploi n'est plus assuré: suite au plan d'austérité décidé par le canton en été 2003, 1800 personnes vont perdre leur place. Selon une estimation, environ 500 employés ont été licenciés, avant tout dans le corps enseignant et dans les hôpitaux.

– Vous protestez contre une diminution générale des salaires de 3% prévue pour 2005, sans être déjà décidée…

– C'est vrai. Mais le gouvernement utilise là le personnel comme moyen de pression. Il souhaite recevoir du parlement la compétence de procéder à cette baisse de salaire, mais se réserve la possibilité de ne pas en faire usage si le parlement s'avisait de ne pas adopter le budget. Malgré la justification officielle que l'on ne veut pas faire porter aux employés seuls le poids de nouvelles économies, c'est du plus mauvais style. Le personnel est quasiment l'otage du jeu politique.

– Vous avez perdu la votation de septembre dernier sur les mesures d'économies. Quel est votre ancrage dans la population?

– Le résultat était très serré. C'est pour nous un signe encourageant. La population commence à comprendre ce qui l'attend encore.