Le Jura réinvente l'enseignement de l'économie familiale, dispensé à raison de trois leçons hebdomadaires en 7e année.

La discipline, présentée comme prioritaire, doit amener l'élève à une réflexion sur l'alimentation, la santé et l'hygiène de vie, l'éveiller à l'environnement et l'aider à devenir un consommateur attentif et responsable.

Le Temps: Est-ce à l'école de promouvoir la saine alimentation, au point d'en faire une priorité?

Elisabeth Baume-Schneider: L'école est un espace de vie. C'est en ce sens que l'alimentation est une priorité. Différente et pas concurrentielle des priorités constitutives de la carrière scolaire que sont le français, les maths ou l'allemand. Trop souvent, on se préoccupe de remplir la tête des élèves, sans s'intéresser aux phénomènes générateurs de malaises, telles l'obésité ou la fatigue. Etre bien dans sa peau rend plus perméable aux disciplines de base.

– Dès la prochaine rentrée scolaire, tous les élèves de 7e année suivront trois leçons hebdomadaires d'économie familiale. A quels détriments?

– A aucun détriment. Ces trois cours existent déjà dans la grille actuelle, mais en 8e année. Ils glissent en 7e, où nous avons ajouté une heure au pensum. D'autres cours sont redistribués, au bénéfice de l'équilibre entre 7e et 8e année.

– L'économie familiale marque un intérêt pour les recettes du terroir. Ira-t-elle jusqu'à faire de l'ethnologie?

– Se plonger dans la cuisine des anciens renforce le lien entre générations et permet de parler de la vie d'autrefois de façon pragmatique. Pas questions toutefois de snober les autres cultures. Tout au contraire. L'intégration des communautés étrangères passe aussi par la connaissance de leurs coutumes culinaires.

– Malgré vos efforts, les petits Jurassiens mangent aussi mal que les autres. Votre action est-elle inutile?

– C'est justement parce qu'on observe que les élèves sont perméables aux effets de mode et à la publicité qu'on se doit de leur offrir des outils pour décoder les messages. Sans les culpabiliser et sans être moralisateur.

– Dans vos écoles, on y vend tout et n'importe quoi, à la récréation et dans les cafétérias. Pourquoi ne faites-vous pas le ménage?

– On pourrait être dirigiste et ne tolérer que les bons produits. Il est plus judicieux d'inciter les élèves à choisir eux-mêmes les aliments adéquats. J'ai tout de même été abasourdie d'apprendre qu'on vend des tranches de pizza à la récréation de 10 heures dans certains collèges. Je ne demande pas que tous les élèves mangent systématiquement des pommes et des carottes, et boivent de l'eau, mais il n'est pas nécessaire de leur proposer des pizzas. Je ne peux pas prôner une alimentation saine et laisser vendre des préparations trop grasses ou des boissons trop sucrées dans les préaux.