Les Jeunes socialistes (JS) ne veulent pas d'un abaissement de l'âge de protection des jeunes travailleurs de 20 à 18 ans tel qu'il est prévu dans la révision de la loi sur le travail. Ils menacent de lancer le référendum si les Chambres fédérales ne devaient pas entendre leur revendication. A l'occasion du vote au Conseil des Etats, plusieurs organisations de jeunes passeront la nuit du 14 mars à travailler devant le Palais fédéral pour sensibiliser les sénateurs qui statueront sur leur sort le lendemain. Arnaud Bouverat, secrétaire central de la JS, explique pourquoi les jeunes ne veulent pas de cette modification de la loi qui concerne surtout le travail de nuit et du week-end.

Le Temps: Pourquoi allez-vous lancer le référendum?

Arnaud Bouverat: L'abaissement de l'âge de protection est une attaque directe contre la jeunesse. Les conditions de travail des jeunes sont déjà difficiles. On connaît aussi leurs difficultés pour trouver des places d'apprentissage. En modifiant la loi sur le travail, on leur demande d'être encore plus flexibles qu'ils ne le sont déjà. Les employeurs cherchent surtout une main-d'œuvre bon marché. Le travail de nuit n'est pas une nécessité sociale, et des dérogations sont déjà possibles pour certaines professions, comme pour les boulangers ou les professions de la santé. Il n'y a donc pas besoin d'une modification législative.

– Mais le travail de nuit est parfois une nécessité…

– Oui, je le conçois. Mais même les mesures de protection prévues pour certains corps de métiers ne sont de loin pas toujours appliquées. Faisons respecter les lois qui existent, au lieu de les flexibiliser.

– L'âge de protection s'abaissera de deux ans pour les apprentis. N'est-ce pas une différence minime, car la majorité des apprentis sont âgés de moins de 18 ans?

– Deux ans peuvent paraître peu de chose, mais ce sont deux années qui sont déterminantes pour l'intégration sociale des jeunes. Si être apprenti à 18-20 ans était autrefois l'exception, c'est devenu aujourd'hui la norme. En plus de toucher les apprentis, cette mesure concerne tous les jeunes travailleurs. De plus, le travail de nuit n'est pas bénin. La consommation de médicaments ou de drogues au sens large est plus élevée chez les personnes qui travaillent de nuit. Celles-ci développent aussi plus facilement certaines maladies, le cancer par exemple. On ne peut pas imposer cela aux jeunes qui entrent sur le marché du travail, alors qu'ils sont déjà désavantagés par rapport aux personnes qui suivent d'autres filières de formation.

– Les étudiants auront justement le droit d'arrondir leurs fins de mois en travaillant le week-end et la nuit. N'est-ce pas positif?

– Je peux comprendre qu'il existe une infime minorité de personnes qui souhaite absolument travailler de nuit ou le week-end, mais cela reste marginal. De plus, la limite du travail de nuit a déjà été repoussée à 23 heures. C'est bien assez tard pour une bonne partie des emplois qu'exercent les jeunes ou les étudiants.