Il n'y a pas que dans le domaine des EMS que le canton de Vaud devra effectuer des remboursements par millions de francs. La gestion confuse des affaires sociales du canton a également pour conséquence que la Confédération lui réclame 20 millions de francs versés en trop pour l'assistance aux requérants d'asile. Cette affaire empoisonne les relations entre l'Etat et la FAREAS, la fondation pour l'accueil des réfugiés. Se sentant attaqués par le conseiller d'Etat Charles-Louis Rochat, qui leur a reproché dans un article de 24 heures de manquer de «culture de la rigueur», les travailleurs sociaux de la FAREAS s'insurgent, refusent de porter le chapeau et interpellent le magistrat sur sa vision de la politique sociale.

Le Temps: Les assistants sociaux n'ont-ils aucune responsabilité dans cette mauvaise facturation?

Walter Steiner: Pour pouvoir clairement se prononcer, il faut attendre le rapport final. Mais dans quel système privé ou public les travailleurs du bas de l'échelle peuvent-ils être tenus pour responsables de la politique de gestion? Ils ne définissent pas les règles, ne choisissent pas les outils informatiques. Le canton est le bailleur de fonds, comment se fait-il qu'il n'ait pas vu les dysfonctionnements relevés par les contrôles fédéraux?

– Est-ce vraiment insulter les assistants sociaux que de dire que leur motivation est en premier lieu sociale et non celle de la rigueur de gestion?

– Mais sur quoi se base ce jugement? Les règles pour l'attribution des prestations sont complexes et contraignantes, qu'il s'agisse des requérants d'asile ou des bénéficiaires de l'aide sociale. Le travailleur social n'est en mesure d'accorder de l'aide financière que dans des circonstances particulières. Le tout est sous contrôle d'un système hiérarchisé. D'ailleurs, il n'y a pas de contradiction entre travail social et rigueur!

– Vous redoutez que le canton ne diminue une nouvelle fois les prestations d'assistance, pour payer la facture de la Confédération. Pouvez-vous préciser vos craintes?

– Les prestations mais aussi les effectifs du personnel! La direction nous a laissé entendre que les années à venir seraient marquées par le sceau de la dette. Par ailleurs, il semble que le département ait l'intention d'utiliser pour le remboursement les 80 centimes supplémentaires par nuit que la Confédération vient d'allouer aux requérants.

– Vous sentez-vous soutenus par les dirigeants de la FAREAS?

– La direction est notre premier interlocuteur, mais nous n'avons pas toujours la même analyse de la situation! Pour le Conseil de Fondation, difficile de dire quelle est sa position. Son président, Etienne Lasserre, vient de prendre une responsabilité lourde de conséquences en tant que député libéral. Au Grand Conseil, il s'est prononcé contre la rallonge de 4,2 millions qui aurait permis aux requérants de ne pas souffrir de l'austérité budgétaire 2001, notre première revendication. Pour nous, son geste est un non-sens.

Propos recueillis par Yelmarc Roulet