Héberger un clandestin, c'est risquer les foudres de la justice. Le député Bernard Bavaud en a fait l'amère expérience hier matin. Durant deux mois en 2002, le socialiste et son épouse avaient accueilli à leur domicile deux sans-papiers. Entendu comme témoin lors d'une autre affaire, Bernard Bavaud avait alors admis avoir hébergé ces deux ressortissants kurdes. Condamné une première fois par le juge d'instruction Mooser pour avoir enfreint la loi sur le séjour et l'établissement des étrangers, il avait écopé d'une amende de 100 francs, avant de faire recourt. Le Tribunal pénal de la Sarine, présidé par André Waeber, a confirmé cette sentence et triplé la douloureuse. L'ancien prêtre et objecteur de conscience ne veut pourtant pas en rester là. Avec son défenseur, le conseiller national socialiste Erwin Jutzet, il a décidé de saisir le Tribunal cantonal.

Le Temps: Etes-vous surpris par la décision du juge André Waeber?

Bernard Bavaud: Effectivement. Dans d'autres cantons, des acquittements ont été prononcés dans des affaires similaires. Je suis encore plus étonné de voir le président du tribunal tripler mon amende. Mais en prenant comme défenseur le conseiller national socialiste Erwin Jutzet, je m'attendais à ce que ce procès soit très politisé. Et la décision de justice l'a été tout autant. Depuis l'émergence du mouvement des sans-papiers en 2001 et l'occupation de l'église Saint-Paul à Fribourg, je me bats pour une régularisation collective des clandestins. Comme de nombreux autres Fribourgeois. Nous sommes aujourd'hui 360 citoyens à s'être dénoncés auprès du Ministère public pour avoir soit hébergé soit aidé des sans-papiers. Je suis curieux de voir comment les autorités vont appréhender ce phénomène.

– Vous étiez conscient d'être dans l'illégalité?

– Je n'avais pas connaissance de la teneur exacte de la loi. Mais j'étais tout de même conscient que cette action n'était peut-être pas recommandable d'un point de vue légal. En revanche, le droit à l'hospitalité est un droit fondamental. Je suis ainsi à l'aise autant avec ma désobéissance civile qu'avec les procès auxquels je dois faire face. Et j'espère bien être acquitté par le Tribunal cantonal. De toute manière, les procès à venir seront autant de tribunes pour faire avancer la cause des clandestins et demander un changement de législation.

– Vous ne regrettez donc pas votre geste…

– Pas le moins du monde. Je suis prêt à recommencer à héberger des sans-papiers 100 fois si cela est nécessaire. Cette lutte contre les injustices fait partie de mon engagement d'homme politique, de défenseur des droits humanitaires et de chrétien. C'est ma vie, je ne suis pas prêt à y renoncer. Il y a 200 000 clandestins en Suisse. Ces gens-là habitent bien quelque part et participent au développement de notre pays. Il est injuste qu'ils n'aient aucun droit.