La proportion de logements sociaux subventionnés dans le canton de Genève a chuté au cours de ces vingt dernières années, passant, pour l'ensemble du parc immobilier, de 23,4% en 1980, à 11,4% en 2000. La Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS) et le Rassemblement pour une politique sociale du logement (RPSL) tirent la sonnette d'alarme. Selon Carlo Sommaruga, secrétaire du RPSL et avocat à l'Asloca, l'Etat de Genève doit, pour remédier à cette situation de crise, déclasser des terrains en zone agricole et mettre en place un espace de discussion visant à réduire les oppositions qui freinent la construction de logements sociaux.

Le Temps: Quelle est la situation du logement social dans le canton de Genève?

Carlo Sommaruga: En vingt ans, le nombre de logements subventionnés est passé de 40 000 à 25 000 unités, tandis que la population a augmenté de 65 000 habitants. La tendance va se poursuivre, puisque d'ici à 2007, 6550 logements sortiront du régime de subvention. Nous sommes en situation de pénurie, avec un taux de vacance des appartements qui n'est plus que de 0,83% pour l'ensemble du parc, et de 0,5% pour les 5-pièces. Il faut construire davantage de logements subventionnés, le nombre de contribuables possédant un faible revenu ayant augmenté ces quatre dernières années. Cette situation est la conséquence d'engagements non respectés. Par exemple, en 1991, le Grand Conseil avait voté un plan d'urgence pour la construction, en huit ans, de 3000 habitations bon marché (HBM); seules 1105 ont été mises sur le marché. Le logement est pourtant un droit inscrit dans la Constitution genevoise.

– Vous dénoncez la diminution du nombre de logements sociaux et exhortez l'Etat de Genève à agir rapidement. Pourtant, l'Alternative, membre du RPSL, est majoritaire au Grand Conseil. Par ailleurs, Laurent Moutinot, votre ancien confrère de l'Asloca, est à la tête du Département de l'aménagement et du logement…

– Les facteurs qui ont provoqué cette diminution ne datent pas d'aujourd'hui. Laurent Moutinot est attaché à la règle des constructions impliquant que l'on bâtisse deux tiers de logements sociaux pour un tiers de logements privés. Mais il est aussi confronté aux forces politiques et à des intérêts contradictoires qui ralentissent la réalisation de projets. La LDTR, la loi sur la transformation et la rénovation votée par la majorité actuelle, permet aux propriétaires d'obtenir des avantages en contrepartie d'une baisse du loyer. Malheureusement, rares sont ceux qui diminuent effectivement le loyer.

– Le schéma directeur cantonal 2015 prévoit une densification des zones à bâtir, et un déclassement de certaines zones agricoles. Ces mesures vous paraissent-elles suffisantes?

– Si elles sont appliquées tout de suite, peut-être. L'Etat doit déclasser rapidement des zones agricoles et, si nécessaire, utiliser son droit d'expropriation. Il faut qu'il se constitue ainsi une réserve foncière suffisante pour pouvoir construire. Le projet de loi de l'Alternative, qui vise à créer une Fondation d'utilité publique chargée d'acquérir des terrains, va dans ce sens. Mais nous pensons également que le gouvernement doit constituer un espace de discussion, afin d'éliminer les oppositions aux projets de construction.