Genève accueillera, de jeudi à samedi, une conférence internationale consacrée aux «Principes fondamentaux de la Constitution européenne». Réunissant des experts de la plupart des vingt-cinq pays de l'Union, ainsi que des Suisses, la manifestation débutera, jeudi, par une conférence publique de l'un des deux vice-présidents de la Convention chargée de présenter un projet de Constitution, l'ancien chef du gouvernement italien Giuliano Amato*. Les débats se poursuivront avec, notamment, les interventions de Robert Badinter et de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Interview de la professeure Christine Kaddous, directrice du Centre d'études juridiques européennes de l'Université de Genève et coorganisatrice du colloque avec son collègue genevois Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel.

Le Temps: Pourquoi ce colloque maintenant?

Christine Kaddous: On se trouve dans un moment important, et le calendrier a joué en notre faveur puisque les pays membres doivent procéder à la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe. Trois l'ont déjà fait par la voie parlementaire, la Lituanie (11 novembre 2004), la Hongrie (20 décembre 2004) et la Slovénie (1er février 2005). L'Espagne vient d'approuver le texte par référendum, le 20 février.

– Pourquoi une telle conférence en Suisse, et plus précisément à Genève?

– La Suisse, au cœur de l'Europe, possède une tradition constitutionnelle et une expérience du fédéralisme qui la rendent proche du processus que vit aujourd'hui l'Europe. En outre, il n'y a pas eu de grand débat en Suisse autour de la Constitution européenne. Enfin, la conférence s'inscrit dans le rattachement de Genève au mouvement européen – je pense à Denis de Rougemont.

– Quelles sont les ambitions de cette réunion?

– Il s'agit de développer une réflexion approfondie sur les mécanismes fondamentaux de la Constitution pour mieux appréhender les enjeux du débat constitutionnel européen. Des professeurs, mais aussi des hauts fonctionnaires de l'Union prendront la parole. Nous avons, par exemple, deux juges de Luxembourg, l'un de la Cour de justice, l'autre du Tribunal de première instance, le médiateur européen, et une parlementaire européenne et professeure polonaise. Une table ronde réunira des étudiants venus d'une vingtaine d'Etats membres de l'Union pour donner leur vision de cet événement. Les discussions porteront notamment sur le processus historique qui a présidé à la naissance de la Constitution, la nature de ce texte – Constitution ou traité? –, la souveraineté des Etats membres et de l'Union, l'équilibre à construire entre les grands, les moyens et les petits pays, le sens et les limites du principe d'égalité dans une Europe à 25 et, enfin la question démocratique, avec l'affirmation du rôle du Parlement européen, la place du citoyen de l'Union et l'introduction de «l'initiative citoyenne».

Conférence publique de Giuliano Amato, «Will it be a new Europe after the Constitution?», Université de Genève, bâtiment Uni Mail, Auditoire des droits de l'homme R380, jeudi 3 mars, 18 h 30.