Alors que l'initiative de l'UDC sur l'asile rejetée le 24 novembre continue à faire parler d'elle en raison du recomptage des bulletins dans plusieurs communes, le conseiller national zurichois Christoph Mörgeli, grand stratège du parti, revient sur le score serré de dimanche.

Le Temps: L'UDC se trouve actuellement dans une position idéale: vous avez obtenu un score très important dimanche et, en raison du rejet de l'initiative, toute la responsabilité pour l'application de solutions dans le domaine sensible de l'asile revient désormais aux autres partis. Finalement, en termes de stratégie politique, l'UDC se serait paradoxalement retrouvée en position de perdante si elle avait gagné dimanche. Vous devriez presque remercier Samuel Schmid d'avoir milité contre l'initiative…

Christoph Mörgeli: Plus que d'analyser si la situation dans laquelle nous nous trouvons est bonne ou non, l'important pour nous est d'avoir pu obtenir un score élevé. Mais bon, pour répondre à votre question, il aurait été bien pour le peuple suisse que l'initiative soit acceptée et puisse être appliquée mais il est évident que pour le parti, nous nous trouvons aujourd'hui dans une bonne situation. Il incombe effectivement aux autres partis de trouver des solutions et nous les attendons au tournant: nous allons faire de la question de l'asile l'un de nos principaux thèmes de campagne pour les élections fédérales de 2003.

– Christoph Blocher a récemment déclaré au «Temps» qu'il aurait été difficile de faire appliquer correctement l'initiative. N'était-elle donc qu'une initiative alibi lancée dans le simple but de démontrer au peuple suisse le poids de l'UDC?

– Cela m'étonne que Christoph Blocher ait déclaré cela: je suis convaincu que nous aurions eu les moyens de faire appliquer l'initiative. Je vous rappelle que plusieurs principes qui figuraient dans l'initiative, dont celui de l'Etat tiers dit sûr, seront de toute façon appliqués puisqu'ils sont en partie prévus dans le nouveau projet de loi. Donc non, il n'est absolument pas correct de penser que cette initiative ait pu être une simple initiative alibi.

– En raison du très petit écart de voix et du recomptage de bulletins de vote dans certains cantons, rien n'exclut qu'en février les résultats de la votation puissent être inversés. L'UDC ne montre pourtant aucun empressement à ce que l'on procède plus rapidement aux vérifications nécessaires. Pourquoi?

– Nous avons confiance en la manière dont elles se font et puis, si l'on regarde les votations précédentes, nous ne pensons pas que les résultats puissent vraiment changer en notre faveur. Vous savez, je suis plutôt quelqu'un qui croit en la technique: pourquoi les machines utilisées ne seraient-elles pas aussi efficaces qu'un comptage manuel?

– Vous ne donnez pas vraiment l'impression de vouloir que les résultats changent…

– Je serais étonné que le résultat définitif donne notre initiative gagnante, mais si c'est le cas nous le respecterions, bien sûr.

– Quelles sont maintenant les stratégies de l'UDC pour le dossier asile: allez-vous faire pression pour que la révision de la loi actuellement soumise au parlement soit encore durcie ou au contraire attendre que davantage d'abus se confirment pour crier au loup ensuite?

– Nous allons bien entendu essayer de faire en sorte que les principes contenus dans le texte de l'initiative soient intégrés dans la révision de la loi sur l'asile. Je dis bien «essayer» car je ne sais pas si nous y parviendrons. Mais il est de notre devoir de faire pression dans les commissions et lors des débats au parlement car finalement la moitié du peuple suisse partage nos idées.