Premiers concernés par la révision de la loi sur l'énergie qui leur impose de nombreuses contraintes, les milieux immobiliers se disent globalement favorables au projet que le Conseil d'Etat a transmis au parlement. Construire selon les normes Minergie ou recourir aux énergies renouvelables n'est pas un problème, assure Christophe Aumeunier, secrétaire général de la CGI.

Le Temps: Le projet de loi impose de nombreuses contraintes aux propriétaires. Est-ce acceptable pour vous?

Christophe Aumeunier: Nous préférons l'incitation aux mesures coercitives, mais il s'agit de contraintes légitimes au regard des objectifs poursuivis. Tout le monde est conscient qu'il faut réduire notre consommation d'énergie. En outre, les exigences concernant les nouveaux bâtiments paraissent peu problématiques: le surcoût de 4 à 6% qu'implique la construction selon les normes Minergie est compensé par la valeur que ces immeubles prennent sur le marché. Les choses seront plus compliquées pour les bâtiments existants. Certaines rénovations pourront se révéler coûteuses et les mesures de préservation du patrimoine exigeront des arbitrages, notamment pour la pose de panneaux solaires. Il faudra aussi être attentifs à la manière dont la loi sera appliquée. Elle va demander beaucoup de travail à l'administration, alors qu'il y a déjà des blocages pour l'obtention des autorisations de construire. Cette loi ne doit pas non plus devenir une entrave à l'économie genevoise en se montrant trop tatillonne sur certains aspects, comme pour autoriser la climatisation dans les bureaux.

- Le coût des travaux exigés pour réduire la consommation énergétique de certains immeubles pourra être répercuté sur les locataires. Est-ce normal?

- Oui, d'abord parce que le report du coût des rénovations sur les loyers fait déjà l'objet d'une législation draconienne. Ensuite parce que les locataires s'y retrouvent. Ils ont intérêt à vivre dans un édifice peu gourmand en énergie, leurs charges diminuant à terme. Je remarque aussi que les gens sont de plus en plus conscients de la nécessité d'économiser l'énergie. Il n'y a pas de raison que cela génère un conflit entre propriétaires et locataires.

- L'Asloca évoque un système de subventions pour limiter l'impact du coût des rénovations sur les loyers. Qu'en pensez-vous?

- C'est une vision passéiste. Mais la CGI est favorable au système de fonds prévu par le canton pour aider à financer certains travaux; cela permet de réduire la facture et de trouver un équilibre entre les efforts consentis par les uns et les autres.

- Autre thème de discorde entre l'Asloca et la CGI: l'accord sur le logement, jugé nuisible par l'association et inefficace par plusieurs de ses signataires...

- La loi est entrée en vigueur il y a neuf mois, on ne peut pas encore espérer des résultats spectaculaires. Cela dit, elle déploie déjà ses effets: on constate notamment que la hausse des prix en zone villa incite toujours plus de propriétaires à vendre, ce qui libère des terrains. Tout le monde devrait s'en réjouir.